la vierge de nuremberg
le retour de
bloc thyristorsbloc thyristors 0100
distribution : metamkine
lp
Sacré culot cette Vierge de Nuremberg. Six musicien(ne)s lui bottent les fesses. Un sextet mis en place par Jean-Noël Cognard suite à l'aventure sonique de Mademozel Jeanne, qui avait en début 2011 posé les jalons d'un rock hybride, avec une ossature commune aux deux projets, à savoir Jean-Noël (batterie) bien sur, Jac Berrocal (trompette et voix) et Ben Ajrab (basse). Pour cette session enregistrée au Conservatoire de Chatenay Malabry, sont venus gonfler les rangs Philippe Thiphaine (Heliogabale entre autres, guitares), Rivkah (voix et claviers) et un Quentin Rollet en pleine forme, quel plaisir ! (Rectangle & co, saxophones). Session de haute volée avec des "Malpartida" et "Die Nacht" qui trainent du côté de Don Cherry, un "Rock and roll station" revisité façon new wave, un free ravageur sur "Asba", un rock à casser la baraque de "Carmilla" avec un Berrocal en véritable leader d'une rage incandescente parfois presque post-rock. Un formidable témoignage de ce fabuleux et savant mélange de rock et de free façonné pour la scène, avis aux programmateurs entre autres de festivals, ce projet est pour vous !! Et bien sur pour vous aussi cher(e)s lecteurs et auditeurs. Un projet parfaitement abouti et doté d'un son suffisamment bon pour être signalé, tout comme l'objet et comme souvent chez Bloc Thyristors, très soigné avec cette fois le graphisme de Mika Pusse et l'impression par Arrache toi un oeil ! Voici en guise d'impressions à chaud, celles écrites par moi même il y a quelques mois, lorsque m'était parvenu un test pressing de cet excellent disque.
"Mademozel Jeanne est vierge. Est Vierge de Nuremberg. Vierge aux visions scabreuses. Vierge dotée d'hallucinations, mais malheureuse. Incomprise aux mains d'un espiègle mari: rencontre malencontreuse. En vierge la vie, mise en son l'épouvante de sa vie, mise en son sa réincarnation. "Jeanne où es-tu ?". Dans les vapeurs de cette trompette ? Dans cette peau frappée ? Encore jeune la Jeanne. Lorsqu'elle est venue en 2011, elle était cinq. Ben était là aussi, avec Pol et Nico. Jean-Noël, le paternel, emmène ses zouaves. "Hé dis donc Cyrille, j'ai un groupe là que je remettrai bien sur la route, tu vas voir c'est d'enfer et puis y' aura Jac qui sera là". Trois mois plus tard, voilà la Jeanne enfermée dans un blockhaus qui a vibré aux sons d'un "soundcheck" trottant longtemps dans nos têtes après la clôture de ce doux apocalyptique bout de nuit. Genèse d'un tourment du rock en proposition, d'un free qui branle le rock, atmosphère suicidaire, suintante et moite. "Qu'est-ce qui s'passe là ? Tu vas répondre Jeanne oui? Hé! J'te cause là! ". Qu'à sa tête elle en fait la Jeanne. Qu'à sa tête."
cyrille lanoë
pokemachine/tree people
eg ottast ingen/the early years
le petit mignonlpm06
distribution : metamkine
45 tours
compilation
hans trapp
le petit mignonlpm10
distribution : metamkine
45 tours
Nom terriblement trouvé que celui du label Le Petit Mignon. Je vous rassure, rien de mignon à l'horizon. Comme son nom ne l'indique pas non plus, Le Petit Mignon est une émanation de la pieuvre néerlandaise Staalplaat. Ça brouille les pistes donc. En l'occurrence au moins deux des pistes, celles d'un 45t à pochette imprimée chez Le Dernier Cri, lunettes 3D en prime. Et croyez moi ça vaut le détour. 12 pages dans le pur esprit du collectif marseillais. Du collage, du gore, des images de guerre, tout leur univers y passe. Assez peu habitué au travail 3D je dois dire que je me suis laissé emporter jusqu'à la fascination pour ce souci du détail, pour cette mise en image d'antagonismes forts, proche parfois du radicalisme nippon. Pokemachine fait écho au bazar en envoyant son boucan façon plus harsh noise tu meurs, entaillant les plaies ouvertes de l'electro trash entendue de fort bonne manière parfois chez les Atari Teenage Riot. Le trio Tree People est habitué au harsh noise aussi, bien avant qu'on l'appelle ainsi d'ailleurs. Le hurlement est un fil rouge à l'objet sonore. Ici on retrouve John Hegre des Jazkammer entres autres, Morten J Olsen et Ignaz Schick, entre autres de Perlonex. Une vraie boule de nerfs au bord de l'implosion, spirales inquiétantes, bruits blancs et ferrailles aiguës font exploser en vol cette hystérie. Tout simplement magique.On reste dans la même veine avec Vom Grillll. Qui ouvre le grand bal mis en scène par le même label. Une compilation 45t de 41 groupes/projets ! Défi technique, le disque tourne bel et bien en 45 tours par minute, je vous explique pas la taille du chausse pied, et défi sonore. Défi sonore car on passe de projets electronica, à d'autres harsh noise, voire pop ! Je ne voudrais pas vous lasser et vous énumérer tous les projets, en voici quelques uns : Aids Wolf, Lasse Marhaug, Xper-Xr, Antoine Chessex, Stellar Om Source .... Défi réussi, si on y voit comme moi une certaine adéquation sonore dans ce montage hors norme. Finalement on se retrouve avec un disque cohérent dans le propos, un cut très habile qui s'écoute en l'état. De là à oublier que c'est une compilation. Mais n'est ca pas son rôle d'ailleurs à la compilation ? On en cherche étrangement pas la performance d'un tel ou une telle. On écoute, c'est tout. Peut-être que son côté radiophonique que j'affectionne particulièrement, y fait. Superbe pochette à nouveau avec une affiche A3 noir et blanc pliée, et un intérieur d'un vert sérigraphié plaisant à l'œil. Encore une fois magique j'ai envie de dire.
cyrille lanoë
sontag shogun
absent warrior, abandoned battlefield
palaver musicpm004
cd
Et l'on passe à du (trop) Petit Mignon. Là on y est. Trio new yorkais, Sontag Shogun évolue dans le post-rock cinématographique beaucoup trop gentil à mon goût. Un démarrage pourtant intéressant laisse place à un piano insupportable, péniblement nombriliste. Ils y glissent pourtant de belles électroniques et de belles fréquences plutôt attirantes. Mais ce piano vient gâcher l'histoire. Ils se ratent là où d'autres ont excellé, tels Labradford. Plus près de nous et de ces pages, préférez par exemple le "Wege" d'Andreas Belfi, qui ne m'avait pas touché plus que ça non plus. Pour le piano préférez aussi les bien plus belles plages de Max Richter sur Fat Cat records. Définitivement trop mignon. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
reines d'angleterre
globe et dynastie
bo'weavil recordingsweavil50
distribution : metamkine
cd
Et l'on reparle de Ghédalia Tazartes et Opera Mort. Pour la deuxième fois sur disque, le trio Reines d'Angleterre nous envoie ses messages mystiques et terriblement noirs. Le parement ethnique en plus, avec ces boucles de voix au ralenti, et Ghédalia en véritable shaman. C'est fou ce que leurs deux univers s'accordent à ce point. Une rencontre aux parfums analogiques, aux ondulations binaires de bandes, aux chants parlés psychés qui parfois me rappellent l'américain Dredd Foole. Cinq courtes pièces minimalistes, où les trois protagonistes se laissent aller au jam lent, un peu lorsque les Opera Mort ont croisé le chemin des Smegma (voir chronique du split Opera Mort/Damien Schultz). N'hésitant pas à confronter des voix sur bandes, voire des sifflets à celle de Ghédalia, dans un dialogue tout à fait remarquable. Le tout sur une boucle mécanique en deux temps qui finit dans un timbre grave. La fin de cette quatrième pièce, puisqu'il en est beaucoup question finalement, se terminant même sur un semblant de chanson à la Robert Wyatt. Vous noterez donc une certaine simplicité, malgré une application de tous les instants. Et voilà qu'entre en scène l'accordéon, clôturant ce disque qui l'air de rien tient son rang, quelques notes laissent rapidement place à un drone inspirant ses deux compères du jour. L'accordéon se muant même en vielle à roue (dans mon esprit), mais peut-être que j'ai trop écouté France, pourtant on s'y méprend. De la vraie magie noire et un vrai délice.
cyrille lanoë
aaron dilloway & jason lescalleet
grapes and snakes
panpan30
distribution : metamkine
lp
Il fallait bien que ça arrive. Ce n'est sans doute pas la première fois, j'en fais la constatation avec ce disque, mais j'ai l'impression que la scène lo-fi/noise américaine rencontre enfin la musique lower-case et concrète, américaine également en l'occurrence. Il est pourtant évident qu'il y avait ce pont. Je le vois enfin relié entre tout un pan (elle est facile, désolé) de la musique freak américaine emmenée par Aaron Dilloway, qui a formé Wolf Eyes, trio emblématique de la scène proprement dite, et les sphères arides de Jason Lescalleet, récemment adoubé pour son solo sur Erstwhile, que je n'ai pas eu le temps d'écouter à l'heure qu'il est, et chef de file de cette scène entre musique concrète et industrielle plutôt froide, dûment installée avec ses confrères Joe Colley entre autres. Si le lowercase l'emporte sur la première pièce, c'est l'esprit torturé, cynique et indus qui mène la danse sur la deuxième. "Shattered capsules" laisse trainer ses potars sur un krautrock teinté de masses sonores issues de synthés analogiques. Un long drone qui pointe, qui vous met d'entrée de jeu dans l'ambiance ambivalente du duo. Dans un léger soupçon de ce que j'appelais le "jam lent" d' Opéra Mort un peu plus haut. Ça ondule sévère, ça frise assez vite, et soudain ça s'assèche. Là où l'on reconnait mieux Jason Lescalleet. Les deux protagonistes s'accordent d'ailleurs bien. L'environnement rêche et stationnaire de D'incise n'est pas très loin, pour terminer en hautes fréquences nous ramenant au projet Wired Lab sur Taïga, traité en août dernier dans ces mêmes pages. "Burning nest" quant à elle démarre plus franchement. Plus ronronnante, plus tournoyante, plus motorisée dans le geste sonore. Le côté ondulatoire est encore manifestement présent, mais encore plus compact, plus perçant. Me rappelant le travail de Bardoseneticcube par exemple. Au final un disque au moyen court (une quarantaine de minutes) qui prend malgré tout son temps. Parti pour s'installer un petit moment sur la platine...
cyrille lanoë