bardoseneticcube / lieutenant caramel
silence submarine
monochrome visionmvforum
distribution : metamkine
cd
Un très beau voyage que nous proposent Bardoseneticcube et Lieutenant Caramel. Deux vétérans au bon sens du terme, des musiques exploratrices des vingt cinq dernières années. Chacun à leur manière. Deux visions qui s'entrechoquent pour notre plus grand plaisir. Une post-indus fine d'un côté, mais avec un sacré coffre. Une électro-acoustique énervée de l'autre. Une longue balade vertigineuse, à l'image du titre d'ailleurs. Les bas fonds sont caressés, toujours dans le bon sens du terme, pas toujours dans le bon sens du poil. Ça racle, ça s'active, ça s'agite, dans un malstrom parfois puissant, aux assauts de voix dynamiques, de bandes répétitives noise. Ce sur la première pièce du disque, celui-ci étant scindé en deux parties appelées "Before death, they yell" et "After death, the soul flies"". D'autres incursions s'aventurent sur les rythmes électroniques glacés chères à Alva Noto ou encore Pan Sonic. Et se posent tranquillement dans cet univers personnel qui retourne vite à ses premières amours, les manipulations de bandes. Les voix y ont toujours la part belle, les sonorités métalliques sont en avant, les traitements numériques s'affolent, de drôles de bandes au clavecin viennent arroser le tout dans un humour assez décalé qui sait me plaire. L'acousmatique vient mettre son grain de sel sur le quatrième index de la première partie. Respiration agréable, avant de replonger dans de longs bourdonnements et micro événements parfois proches de ceux de Steve Roden. Des chants populaires se croisent, des voix radiophoniques dada/lettristes se distinguent, avant d'être brouillées par des chuintements analogiques psychés, voire krautrock, dans un montage proche du travail d'Yves Daoust sur Empreintes Digitales. Les amateurs du label apprécieront d'ailleurs. La deuxième pièce se donne le temps, 25 minutes environ, pour ingurgiter un piano comme chez Ezramo (tiens donc) ou (encore une fois décidément) chez Vitamin b12, des cordes lancinantes, des sondes analogiques qui explorent la palette de fréquences aigües. Le malaise rode, les voix se font déchirantes, une vraie BO de série Z cette fin de disque. Ce qui me fait définitivement l'aimer.
cyrille lanoë
jean-philippe-antoine / leif elggren
objet, métal, esprit
firework editionfer1082
distribution : metamkine
45 tours
Hommage à l'œuvre de Marcel Broodthaers. Jean-Philippe Antoine, philosophe, professeur d'esthétique et critique d'art, auteur de Marcel Broodthaers Moule, Muse, Méduse, Dijon, Les presses du réel, met en musique et fixe sur disque son approche spécifique de l'art. Ici de la poésie. Cette poésie faisant partie prenante de ce qu'il appelait l'"art en 3D"= l'écriture, l'image et l'objet. Un triptyque repris jusque dans le titre, "Objet, métal, esprit". La répétition hypnotique, dansante, spirituelle de ces trois mots est assez ensorcelante. Une poésie sonore proche de Kurt Schwitters. Une pause musicale en début de seconde face, évoque un autre poète, Moondog. Le disque se terminant sur une reprise du thème, avec quelques manipulations de bandes par Leig Elggren.
Un disque intemporel qui fait office d'archive sonore et de témoignage d'artistes véritablement avant-gardistes. Ce qui m'a permis de creuser et de découvrir cet artiste à part, qui a notamment fondé chez lui à Bruxelles, le Musé d'Art Moderne, Département des Aigles en 1968. Découvert aussi qu'il est l'auteur d'une cinquantaine de courts métrages muets entre 1955 et 1976. A vous de jouer. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
jean ferraille
revolutions per minute
bruits de fondresistance des matériaux 01
distribution : autodistribution
lp
Belle initiative à (re)mettre en avant après la participation en multi co-productions du split L'Echelle de Mohs/Solar Skeletons (voir chronique dans notre numéro 85) de ce label breton Bruits de fond, qui nous présente ici sa petite sœur, Résistance des matériaux. Pas sur que vous suiviez là. Bon, mais que peut-il bien se cacher derrière cette pochette gore très Dernier Cri qui ressemble à s'y méprendre à celle du split 45t Unsane/Hint sur Pandemonium, mais en format 33t gatefold, pour que vous vous imaginiez. Allez donc faire vos curieux et votre propre idée. Intéressant de voir la vision de l'expérimentation par les sphères du breakcore. Pour ceux qui connaissent cela me replonge dans les disques Hymen, l'artiste Venetian Snares en tête. Certaines accalmies lorgnent sur Aphex Twin, voire Scorn. Spécialement sur le deuxième disque de ce double maxi (ça tourne en 45t) avec des incursions électroacoustiques bien senties. Alors bien évidemment c'est le breakcore qui l'emporte sur l'ensemble, Et ma vision de la chose va me faire parler de harsh noise. Un esprit Merzbow guette, attaqué et mitraillé de beats ultra saccadés (mention spéciale au titre "collapsing"), issus du hardcore. Jean Ferraille ne veut rien savoir, triture quelques machines analgiques en les noyant dans des spirales violentes surement numériques qui ne laissent pas indifférent. Mais définitivement je ne retiendrai que la dernière face. Pleine de montages de voix, de guitares, de cloches, de débris. Même si le tapis électronique ne m'emballe pas toujours.
cyrille lanoë
compilation
electroacoustic music volume 03
elektramusicelek03
distribution : autodistribution
cd
compilation
international noise music contest "luigi russolo-rosanna maggia"
studio forumforum 2011
distribution : autodistribution
cd
Alors que l’association strasbourgeoise dirigée par Paul Clouvel propose son 3e enregistrement, et, comme à l’accoutumé, destiné à présenter la jeune création électroacousticienne (seul le français Frédéric Kahn commence à être un habitué de ce genre de compilations, telle Brûlures de Langues), le studio Forum d’Annecy, sous l’égide de la fondation Russolo/Maggia, publie un recueil offrant à l’écoute des afficionados les résultats du concours 2011, destiné aux créateurs de moins de 35 ans, et dévolu à un thème bien précis, les armes d’Eros. Eh oui, celui-ci n’officie pas qu’à l’arc…
Il n’est jamais aisé, à moins d’exhaustivité souvent superflue, d’évoquer des compilations dont chaque œuvre est un parcours unique et pas nécessairement représentatif de l’œuvre d’un auteur. Certes, l’idée d’un thème commun, comme c’est le cas pour la production du Studio Forum, en facilite l’approche, encore que l’auditeur puisse véhiculer ses propres fantasmes auditifs liés à la thématique…
Du point de vue de la composante formelle, la compilation d’Elektramusic semble tourner autour de trois pôles : il y a une affinité dans la restitution sonore des travaux d’Elsa Biston, de Frédéric Kahn, d’Adam Stansbie : des sonorités métalliques, en partie "granuleuses", une trame évolutive dans laquelle les sons s’interpénètrent. Les glissements peuvent être furtifs (c’est par exemple le cas dans "Pensées d’automne et Les pensées de la Terre" de Kahn), ou agir par vagues ("Fractions" du britannique Stansbie) avec plus ("Muance" de Biston) ou moins de luxuriance. "Black Arrow", la pièce de la Coréenne Sungji Hong, avait été présentée en juin 2010 lors du festival Champs Libres et offre aux auditeurs le travail interactif parfois décoiffant entre la clarinette basse et l’ordinateur. Les autres pièces, par l’adjonction de divers collages (extraits d’œuvres, des voix) et/ou d’instruments acoustiques diversifient davantage le spectre sonore, de manière plus ou moins originale, plus ou moins parlante pour chaque auditeur, et qui intègrent en elles des aspects plus festifs (à travers l’utilisation d’une œuvre d’Astor Piazzolla dans "La Voz del Fuelle" de la britannique Diana Salazar, par l’emprunt d’ambiances de fête et les sons d’une ville dans "Milonga.Stadt.Klang" de l’allemande Tatjana Böhme-Mehner.
Les diverses propositions faites au concours international Luigi Russolo-Rosanna Maggia en 2011 et retenues pour cet enregistrement émanent aussi bien d’Europe (Irlande, France, Espagne, Russie) que du Japon, du Canada et du Mexique. Les contributions sont loin d’être linéaires et apparaissent toutes comme des récits pleins d’aventures sonores, pas forcément reliées pour l’auditeur à son propre imaginaire de la thématique. On peut toutefois souligner que certains (par leur présentation, tel l’un des 2 premiers prix ex-aequo, l’Irlandais Donal Sarsfield, qui met sa pièce davantage en rapport avec l’amitié et les voyages, en lui donnant un nouveau titre, "Gallivanting" devient "Suitcases !). On peut aussi noter que certains sons de Georges Forget, l’autre 1er prix, pourraient s’apparenter au son sec de l’envoi d’une flèche et de sa trajectoire… Les deux seules contributions qui intègrent un aspect érotique, quoique furtif mais immédiatement identifiable sont dues aux deux mentionnées du jury que sont la japonaise Hayashi Kyohei et la française Cendrine Robelin, avec respectivement "Sonic Lady City" et "Un creux en dessous de ton nom".
Pour ce qui est du classement et des prix, le jury semble ainsi davantage tenir compte du travail sonore opéré que du strict respect de la thématique. Et sans doute attend-on davantage l’art de la suggestion que celui de mettre crûment les pieds dans le plat ?
pierre durr
compilation
istanbul split
hochschule der bildenden künstesaar
distribution : autodistribution
cd
erdem helvacioglu
"resonating universes"
sargassoscd28064
cd
En 2003, le label américain Locust Music éditait "Met Life, a walk through the bazaar" du compositeur turc Erdem HELVACIOGLU. Un enregistrement en deux parties. La première pièce était une captation sonore du bazar d'Istanbul, la seconde consistait en un remix plus électronique des mêmes sons. La présente compilation explore d'autres sons de la ville du Bosphore, reflétant le cosmopolitisme d'une cité entre Europe et Asie, entre chrétienté et islam, entre sons urbains conventionnels et d'autres plus typés, entre instruments de musique occidentaux et orientaux. Six propositions dont deux émanent d'un autre musicien turc, Cem Güney, les quatre autres intervenants étant d'origine allemande se retrouvent sur ce manifeste sonore. Parmi ceux-ci, deux noms souvent présents dans l'environnement sonore et musical des lecteurs de R&C, Marc Behrens et Christina Kubisch.
Au départ trompettiste de jazz, influencé par Miles Davis, puis DJ, Cem Güney s'est mis tardivement à l'art sonore, tout en s'intéressant aux musiques électroniques expérimentales, comme en témoigne son opus, "Praxis" réalisé pour le compte du label portugais Cronica Electronica. Sans être le maître d'œuvre de cet "Istanbul Split" (c'est bien sûr l'HBK de la Sarre) il en est le guide pour avoir obtenu l'autorisation de captages sonores dans des quartiers moins touristiques. Lui-même se focalise sur le marché aux poissons, avec ses ambiances, ses sons parasites venant des ferries croisant non loin de là, et sur un quartier décrépi caractérisé par ses blanchisseries "suspendues". Christina Kubisch de son côté, abandonnant sa pratique d'apporter des sons dans un lieu par ses installations ou d'en limiter le captage aux ondes magnétiques s'est emparée de divers sons, issus de divers endroits et provenant de diverses personnes (un piano dans une église catholique, des manifestants anti-impérialistes, la voix d'un muezzin, celles d'enfants dans un programme télé…). Marc Behrens quant à lui recherche l'extase propre à un pratiquant musulman à travers la conjugaison de sonorités provenant du travail des artisans et de celles captées dans les stalles à chevaux de Büyükada. Alexandra von Bassen (ancienne élève de Christina Kubisch s'attache plus particulièrement au côté asiatique de la cité, tandis que Stefan Zintel offre une écoute plus panoramique d'Istanbul. A l'instar d'autres réalisations, Istanbul Split est une invitation inspirée et loin des clichés à un voyage dans une ville attrayante.
De son côté, Erdem HELVACIOGLU est l'auteur d'un enregistrement qui met en jeu l'électronique et les cordes. Déjà en 2006 était paru "altered realities"* où lui-même confrontait sa pratique de la guitare acoustique à l'électronique. Il récidive ici avec la harpe, sous diverses formes (harpe concertante, harpe traditionnelle turque, le çeng, aux sonorités métalliques et harpe électrique), servie ici par Sirin Pancaroglu. Si "altered realities" s'inscrivait dans un registre plutôt minimaliste et quelque peu ambiant, "resonating universes" est plus expérimental par son côté parfois bruitiste, et ses déflagrations sonores. Les relations entre les deux sources sonores sont en effet multiples. Les sons des harpes peuvent être enregistrés en amont (avec des micros posés à divers endroits de l'instrument), puis utilisés comme échantillonnages. Des effets de drones et des réverbérations parcourent certaines parties de l'œuvre (déclinée en 8 segments). L’ensemble de l’œuvre tire sa substance aussi bien dans la manipulation des cordes des instruments par Sirin Pancaroglu (frottements, glissements, arpèges) que par la variété des traitements, parfois juxtaposés, que le compositeur applique au son des cordes. Jamais uniformes, les huit parties de l’œuvre alternent les moments de quiétude (surtout la troisième) et les distorsions, lesquelles sont peut-être surprenant mais toujours liées à une construction qui sous-tend leurs manifestations.
*New Albion NA131
pierre durr
carolyn hume / katja cruz
"light and shade"
leo recordslr 618
distribution : orkhêstra
cd
fourth page
"blind horizons"
leo recordslr 619
cd
Depuis une dizaine d’années, la pianiste britannique Carolyn Hume aligne les enregistrements chez Leo. Parfois en soliste (1CD), le plus souvent en duo avec le percussionniste Paul May (5CDs), voire en trio violoncelle/voix. La musique qu’elle distille est assez minimale, mélodique, inspirée, parfois évanescente, à la fois propice au recueillement mais aussi à un environnement sonore de luxe, dans l’esprit des musiques d’ameublement chères à Satie et à Brian Eno. C’est peut-être pour cela que ces enregistrements n’ont jamais été vraiment pris en considération dans ses pages. Le cas de la chanteuse autrichienne est un peu semblable. Sa voix, intéressante, n’est pas exceptionnelle, et ses dérives vers la culture du tango ("Mi corazon") nous laissent plutôt froid, alors que ses tentatives d’improvisation, particulièrement dans "primeval sounds of the world", suscitèrent la curiosité de l’auditeur exigeant.
La rencontre des deux est pour le moins séduisante, par sa délicatesse, son atmosphère suave et feutrée faite de murmures, d’effets de voix à peine susurrés et sans mots, de notes de piano se mouvant doucement, telles des ondes aquatiques à peine perturbées par de légers souffles de vent.
Dans FOURTH PAGE, l’auditeur retrouve la pianiste, en compagnie de son partenaire habituel, Paul May. Le duo est devenu un quartet intégrant un bassiste, Peter Marsh et un guitariste, Charlie Beresford, qui au passage chante et use aussi d’un khaen, orgue de bouche d’Asie du Sud-Est.
"Blinds Horizons" est en fait la seconde réalisation de ce quartet après la courte (une quinzaine de minutes) mise en oreille que fut, quelques mois auparavant "along the weak rope" (Forwind FWD05). Si la formation déploie une musique dans le droit fil des autres enregistrements de la pianiste, celle-ci se développe dans un environnement encore plus épuré, sous forme de chants improvisés là aussi à peine susurrés et languissants. Ici, la magie opère pleinement et l’auditeur se laisse bercer par les gouttes sonores que constituent les notes du piano, les interventions discrètes des percussions, le background reposant d’une contrebasse délicate, l’utilisation parcimonieuse de la guitare acoustique, au service ou non d’une voix délicate pleine d’émotions rentrées pour célébrer une liturgie qui relèverait presque de la caresse érotique.
pierre durr
deep schrott
"plays dylan & eisler"
poise recordspoise records 19
distribution : autodistribution
cd
Dans leur premier opus, paru en 2010, ce quartet de saxophones basses qu’est DEEP SCHROTT avait, en plus de ses propres compositions, repris certains thèmes des groupes rock du tournant des années 60, 70, tels Led Zeppelin, Fleetwood Mac, King Crimson… Sans doute ces "covers" ont-ils eu une réception particulière auprès des auditeurs, pour que le quartet se décide à consacrer tout un enregistrement à des reprises, ici bien ciblées.
Les thèmes de Bob Dylan sont d’ailleurs bien prisés en ce moment, principalement ceux de ses mêmes années 60/70 : après Jamie Saft ("Trouble" Tzadik 8111) en 2006 et, plus récemment Jef Lee Johnson ("The Zimmermann Shadow" Nato/Hope Street 8), DEEP SCHROTT reprend neuf titres de Robert Zimmermann. Le quartet complète ses reprises avec quatre thèmes de Hans Eisler, dont il convient aussi de souligner sa perpétuelle actualité (cf. Das Kapital…).
Davantage que les autres interprètes susnommés de Dylan, les quatre saxophonistes, à savoir Dirk Raulf, Wollie Kaiser (tous deux participent aussi depuis près de vingt-cinq ans au Kölner Saxophon Mafia), Andreas Kaling et Jan Klare réinventent les thèmes en les inscrivant chacun dans une sonorité particulière, parfois pleine de verve, parfois bien sombre voire sépulcrale : dans "Blowing in the Wind" les sons grouillent, semblent se chercher, hésitent, et parfois émerge le thème de la chanson. Les arrangements opérés par l’un ou l’autre musicien semblent vouloir découvrir derrière les mélodies initiales une réalité plus complexe et étonnante au point que celles-ci, reprises par l’un ou l’autre instrumentiste, n’apparaissent pas toujours de manière pleinement reconnaissable. Plus identifiables, les quatre thèmes d’Eisler offrent cette même variété d’approche, telle l’âpreté de "Lob des Kommunismus", le côté plus enjoué de "An den kleinen Radioapparat", ou l’aspect volontaire de "Die freie Wirtschaft" ou le plus mélancolique "Das vielleicht-Lied".
Bien sûr, au-delà du caractère conféré aux diverses reprises, c’est le travail sonore varié effectué sur les saxophones basses (chacun des musiciens en ayant un autre modèle !) qui retient aussi l’attention de l’auditeur.
pierre durr
catherine delaunay
"sois patient car le loup"
les neuf filles de zeus9fz201101
distribution : autodistribution
cd
Cela aurait pu être un enregistrement de John Greaves, tant sa voix, le timbre de celle-ci, son accent gallois au service de textes en français et anglais irradient cet enregistrement. Projet de la clarinettiste et accordéoniste Catherine DELAUNAY, cette transcription musicale de poèmes de Malcolm Lowry, natif du Cheshire, comté voisin du Pays de Galles et qui fut aussi résidant en France (dans les années 30, durant lesquelles il fréquenta entre autres Cocteau), ne pouvait en effet trouver de meilleur interprète bilingue, capable d’exprimer les mots d’une personnalité tourmentée.
Catherine DELAUNAY, quoique ayant débuté sa carrière de musicienne et de compositrice dans le cadre des musiques dites sérieuses (avec quand même des études dans la classe de Jacques Di Donato !), se tourne davantage vers le jazz et la musique improvisée. Elle conçoit ses propositions musicales comme autant de spectacles, ses prestations avec ses différents groupes incluant un décor particulier. Ce qui fut le cas d’ailleurs lorsque ce "Sois patient car le loup" avait tourné la saison dernière. Un décor qui n’était pas sans rappeler – avec certes un contexte différent – les prestations d’Henry Cow : lampadaires, bars, etc. en liaison avec les textes de l’écrivain britannique, inspirés par ses errances à travers le monde, au Mexique notamment (Delirium à Vera Cruz), ses penchants pour l’alcoolisme (prière pour les ivrognes) ou l’univers des marins (la mouette aux ailes glauques, le retour du pêcheur).
Le choix d’une instrumentation sobre et raffinée participe de la délicatesse de la mise en sons de ces poèmes et épouse pleinement l’ambiance à la fois glauque, joyeuse et brumeuse de l’œuvre du romancier britannique : la clarinette virevolte, prend parfois des accents mélancoliques, l’accordéon, la harpe (servie par Isabelle Olivier) peuvent se faire aériens, comme dégagés des contingences terrestres ou telles les vapeurs d’alcool, le trombone de Thierry Lhiver se fait chaleureuse, la contrebasse de Guillaume Séguron épouse les émotions.
pierre durr
micro_penis
tolvek
doubtfulsoundsdoubt07
distribution : metamkine
lp
Micro_Penis est vivant. Micro_Penis hurle. Micro_Penis crache. Micro_Penis gémit. Micro_Penis pénètre. Micro_Penis fouine. Micro_Penis gratte. Micro_Penis chiale. Micro_Penis est un conte d'horreurs. Micro_Penis s'insulte. Micro_Penis tousse. Micro_Penis est malade. Micro_Penis se perd. Micro_Penis se court après. Micro_Penis avale. Micro_Penis recrache. Micro_Penis gerbe. Micro_Penis ressuscite. Micro_Penis dort. Micro_Penis est plaintif. Micro_Penis chuchote. Micro_Penis se perd. Micro_Penis souffre. Micro_Penis jure. Micro_Penis invoque. Micro_Penis est anal-ogique. Micro_Penis a quatre têtes. Micro_Penis exulte. Micro_Penis va mourir. Micro_Penis manifeste. Micro_Penis claironne. Micro_Penis gueule. Micro_Penis chante. Micro_Penis s'emmerde. Micro_Penis est un crétin. Micro_Penis est un crétin de la vie. Micro_Penis doute. Micro_Penis est un génie. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
foi pour pusillanime
s/t
foi pour pusillanimefpp1
distribution : metamkine
45 tours
Compositions rétro-futuristes par le duo Caroline Ehretique (ondes martenot, voix, piano, synthé analogique, cris, électronique, fouet) et Ogrob (synthé analogique, vent, echolocations de chiroptères, balise ferroviaire, cris, électronique) alias Sébastien Borgo (L'autopsie a révélé que la mort était due à l'autopsie, Micro_Penis, Sun Plexus entre autres). On se croirait sur certaines productions des plus obscures du label Staaplaat, une électroacoustique froide et industrielle proche du Jazzkammer des débuts. Ça bourdonne, ça crépite, ça boucle. Parfois ça crie. Six petits pavés minimalistes insolents. Une lenteur parfois proche du doom apporte forcément un côté glauque à la chose. Des tentatives, à fureter sur le superbe site ogrob.org, ont déjà été proposées depuis 2009. Vous pourrez en tout cas y écouter un extrait (le tubesque ''les enfants de la nuit'') de ce superbe objet, 45t glissé dans une pochette en lino-gravure de toute élégance. Des instants magiques, suspendus, des bribes nous trottent encore dans la tête après l'écoute (des tubes je vous disais). Ah oui j'allais oublié, quelqu'un de pusillanime est quelqu'un de lâche. Ce qui rajoute au côté malsain et conceptuel à ce bon moment. Recommandé. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
theresa wong
"the unlearning"
tzadiktz 7725
distribution : orkhêstra
cd
Si dans la série "compositeurs", le label de John Zorn présente souvent des œuvres pour orchestre de chambre ou pour des instruments à cordes sympathiques, mais assez rarement exaltantes, sa série consacrée aux musiciennes souffre rarement de cet écueil. Et cet enregistrement de la violoncelliste d’origine italienne et résidente de la Californie est pour le moins prenant et habité d’une réelle émotion.
Quoique son nom soit encore peu connu, le parcours de Theresa WONG, assez récent (ses premiers enregistrements datent d’une demi-décennie) s’est déjà effectué aux côtés de Fred Frith, Ellen Fullman, le ROVA… Dans cet "the unlearning", premier enregistrement sous son nom, elle est accompagnée par la violoniste Carla Kihlstedt, toutes les deux par ailleurs à la voix. Elle nous propose une suite de 21 pièces relativement courtes, tels des haikus sonores (moins de la moitié dépassent les 2 minutes) inspirées par Les Désastres de la guerre, un corpus de 82 gravures à l’eau-forte du peintre Francesco de Goya, réquisitoire contre les exactions des armées napoléoniennes et ses conséquences entre 1810 et 1820, mais dont la vision est confrontée aux pensées, attitudes et croyances contemporaines.
Les compositions de Theresa WONG se meuvent dans un entre-deux mêlant une écriture presque classique tout en s’exprimant dans un champ (chant) plus pop et d’une pratique instrumentale plus improvisée. L’utilisation des voix est parfois assez étonnante par la variété de leur approche. Bury them and keep quiet s’inscrit étonnamment dans l’univers vocal de Dagmar Krause au sein d’Henry Cow. Certains effets de voix, notamment le dialogue d’onomatopées dans Proud Monster !, se rapprochent davantage d’une pratique contemporaine ou improvisatrice. Elles alternent, à la voix comme avec leurs cordes, unisson et confrontation, attaques sèches ou développements plus modulés, pizzicato ou notes plus étirées à l’archet, individualisant ainsi chacune des 21 compositions, chacune apparaissant comme un concept complet, quel qu’en soit sa longueur.
pierre durr
jerome noetinger / will guthrie
face off
erstwhile recordserstwhile064
distribution : metamkine
cd
L'envie attise la recherche. La recherche appelle le dépassement des possibles. Le duo Jérôme Noetinger et Will Guthrie l'a bien compris et s'est mis au travail. Plusieurs jours enfermés et une soirée d'enregistrement ouverte au public plus tard, et il accouche d'un album empreint de sonorités inédites. Les grains y sont métalliques sans l'être. Les attaques sur la bande à la manière parfois d'un DJ. La confrontation des deux dispositifs électroacoustiques est basée sur une écoute mutuelle très forte. Perceptible au moindre geste. Geste bien souvent appliqué, savamment dosé. Témoignage d'un des premiers possibles, le temps. Comment l'étirer ? Comment le suspendre ? Comment le représenter ? Une première piste nous emmène à un constat de pur amateur et consommateur. Je crois remarquer depuis une ou deux années une légère tendance à présenter quelques disques d'impro sous forme de plusieurs pistes, morceaux ou plages selon les formats de ceux-ci, De raccourcir aussi leur durée. Je trouve dans les propositions de plus en plus de disques courts, ici trente sept minutes par exemple. Et en douze titres. Vous voyez, je parlais d'ailleurs d'"album" en début de chronique. L'image aussi change quelque peu. Et à mon fils ainé, cinq ans, de me faire remarquer "Mais papa, ça fait pas trop musique de cowboy ce qu'on écoute là ?" On pourrait tout de même s'arrêter sur la remarque et éventuellement y voir un lien avec la bande originale de film. "Slo-nife", troisième titre du disque illustrant le propos. Pourquoi ne pas y voir l'image du duel. Sans doute ici un lien possible s'il fallait en trouver un. La bande analogique triturée et maltraitée, repliée sur elle même. Captant des cloches ensuite reverbérées. Ou comment la confrontation sait se faire partage. Redistribution des rôles, brouillages des pistes, les deux savent s'emmener chacun leur tour dans leurs visions d'une électroacoustique rebelle et sensible à la fois. Sans être bruitiste, le duo manie avec une subtilité certaine les dynamiques, les pauses, les respirations. Sur un terrain où je ne les avais pas encore forcément entendus. L'utilisation de l'espace sonore est à ranger également dans les possibles que repousse ce disque. Un enregistrement vraiment traité de la meilleure des manières pour le confort de l'écoute. Et véritablement pensé comme tel je suppose. Celle au casque étant fortement conseillée.
cyrille lanoë
trophies
"become objects of daily use"
monotype recordsmono 037
distribution : metamkine
cd
trophies
"a color photo of the horse"
d.s. al codad.s. al coda #4
distribution : metamkine
cd
Un label polonais et un nouvel éditeur américain viennent de sortir chacun un Trophies. Derrière ce nom, se cache son initiateur, l’Italien Alessandro BOSETTI, qui troque de plus en plus souvent son saxophone contre la voix et l’électronique (cf. son CD, déjà sur MonotypeRec., "Royals"). TROPHIES tend à devenir un groupe permanent, du moins en partie. En son sein, seul BOSETTI assure les voix (ce qui n’était pas le cas dans "Royals", et il s’adjoint un partenaire, apparemment régulier, le Japonais Kenta Nagai pour la guitare. Le tenant de la batterie diffère toutefois. Dans l’enregistrement réalisé à Berlin ("Become…"), c’est Tony Buck qui s’y colle. "A Color Photo…", enregistré à Brooklyn, c’est Ches Smith.
L’esprit de l’enregistrement reste le même bien que l’on sente quelques nuances entre les deux enregistrements. Rythmes, loops, bruitages divers, au service de textes, essentiellement dus à BOSETTI bien qu’il y ait quelques emprunts à des écrivains, tels W.G. Sebald, A. Campbell, J. Mander…, sont déclinés en, respectivement, 8 et 6 pièces. Les textes, dont l’un est en hommage à une artiste franco-américaine Louise Bourgeois, qui venait de décéder à l’âge vénérable de 99 ans, sont en général récités, type sprechgesang, parfois plus modulés et chantés comme dans Spaceship, par ailleurs la pièce la plus calme du premier recueil et au rythme moins groove, le tout au service d’un cheminement nouveau dans la musique improvisée. Car si les mots sont en anglais, l’auditeur est surtout touché par leurs phrasés, leurs sons et l’atmosphère qui s’en dégage en liaison avec l’instrumentation. Dans la plupart des titres enregistrés à Berlin, la guitare a tendance à épouser le rythme et le débit des récitations (un peu comme René Lussier dans Le trésor des langues), en arpèges ou accords rapides, lorsqu’il n’emprunte pas des sonorités plus extrêmes plus ou moins convulsives.
La répétitivité des loops, la diction adoptée confèrent au premier recueil un côté éminemment hypnotique, appuyé – dans le premier enregistrement – par la batterie de Tony Buck un peu à la manière de son jeu au sein de The Necks. Cette atmosphère de transe sonore subsiste encore dans "A Color…" mais elle a tendance, dans certains titres, de se déliter dans une pratique improvisatrice plus marquée. En effet, l’enregistrement newyorkais apparait plus brut et le guitariste s’écarte davantage de ces parallélismes à la voix, adoptant entre autres des ambiances plus linéaires (comme dans le titre éponyme). Alessandro Bosetti use aussi de sons plus variés (celui du piano par exemple), tandis que Ches Smith use de rythmes plus variés, presque martiaux, comme dans la dernière pièce, Istruzioni.
pierre durr
gerard maimone
"a dog on the wall"
musea recordsgw 3140
distribution : musea
cd
gerard maimone
"soft movies"
musea recordsgw 3146
distribution : musea
cd
vazitouille
"id."
circummicroc1d1003
cd
Ancien musicien du groupe de jazzrock plus ou moins funky des années 70 que fut Spheroe, Gérard MAIMONE est déjà un vieux routier de la scène jazz française et plus précisément lyonnaise. VAZYTOUILLE est une formation plutôt jeune, composée de quatorze musiciens originaire du Nord. Cette différence générationnelle est palpable à l'écoute de ces trois enregistrements. Au-delà des expériences d'écriture davantage orientées vers le jazz (après des années à écrire pour divers types de spectacles (théâtre, cinéma, chorégraphie…), Gérard MAIMONE propose une musique qui, quoique nerveuse sur certaines plages (telle Zelda sur A Dog on the Wall) apparait globalement apaisée, en particulier pour ce qui concerne son jeu de piano. VAZYTOUILLE est davantage marqué par une vigueur plus juvénile et une urgence au service d'une musique qui semble encore chercher sa voie au sein d'influences variées des plus intéressantes.
Je jazz que développe Gérard MAIMONE, aussi bien dans "A Dog on the Wall" (recueil d'enregistrements effectués en public entre 2002 et 2010) et "Soft Movies" (album studio réalisé il y a tout juste trois mois) est plutôt un héritage d'un certain jazz des années 70 (à la fois proche de sa conjugaison britannique et des pratiques françaises héritées du jazz-rock de l'époque!) aux colorations suaves d'un jazz plutôt tranquille et tout en rondeur. Le premier se conjugue en quintet, au sein duquel on retrouve un autre vieux routier de la scène jazz française, le saxophoniste Jean Cohen (qui se rappelle encore du Cohelmec Ensemble ?), à côté du trompettiste Fred Roudet et d'une section rythmique. Dans le second, en quartet, c'est le saxophoniste Jean-Marie Peyrin au jeu plus retenu, et sans doute moins connu, mais aussi vieux compagnon de route de MAIMONE qui officie.
VAZITOUILLE ne développe pas de son côté les tendances les plus défricheuses d'une musique jazz mais use d'approches différentes, d'autant plus que cet orchestre de 14 musiciens se conjugue aussi en un collectif au sein duquel se développent plusieurs formules plus réduites, genre trio à cordes et musique de chambre ou trio plus orienté vers le rock. C'est aussi, partiellement une affaire de famille avec les trois sœurs Abdou (violon, violoncelle et saxophone). Comme son nom l'indique, la réalisation de ce premier enregistrement se présente en un creuset au sein duquel se côtoient dans une sorte de melting pot savoureux l'écrit et l'improvisation, des emprunts à la musique contemporaine ou aux musiques plus populaires avec plus qu'un zeste d'options zappesques. L'ensemble pourrait sembler roboratif, s'il n'y avait le dynamisme communicateur de la formation.
pierre durr