plectrum
structuur
plectrum
distribution : autodistribution
cdr
plectrum
dominoleron
plectrum
distribution : autodistribution
cdr
Voici deux disques à chroniquer qui me réjouissent. Ou qui me parlent pour faire le lien avec la fin de la chronique précédente du site à propos des Belles Noiseuses. J'avais déjà parlé du duo parisien PLECTRUM, qui compte Nicolas, animateur de notre émission radio préférée Songs of Praise sur Aligre Fm, en juin 2010 dans ces mêmes colonnes, mais sur papier, celui de notre numéro 84. Pour trois cdrs que je qualifierai de "démo". Cette fois la cargaison se compose de deux live en sortie "pro" sous format cdr emballé dans des pochettes carton type digipack 4 volets, agrémentée de cartes postales très vintage. On glisse le cdr dans le poste. L'ultra-minimalisme détecté sur les disques de l'époque laisse place à des textures plus étirées, plus droniques. Voire electronica fine. J'y vois plus que ça. Une électroacoustique rappelant avec plaisir le Kapotte Musiek. Un bricolage sonore caressant l'atelier de création radiophonique. Très analogique vous l'aurez deviné. Très basique sans être réducteur. Du passage de bandes brutes, de l'onde radio, une guitare blues du plus bel effet, un paysage sonore à l'état pur. Ils ne sont pas loin de me rappeler la démarche des Opera Mort pour ceux qui auront testé l'expérience. En plus minimal. Ils se jouent des musiques électroacoustiques contemporaines avec une désinvolture qui me sied bien. Le deuxième disque, "Dominoleron" commence très bas. Quelques pics de bandes maltraitées lorgnent du côté du duo Lionel Marchetti et Jérôme Noetinger notamment entendu chez Staalplaat. De la bande bouclée asthmatique. Cette nouvelle fois agréable guitare blues qui revient et qui se fait boucler sur un tapis sonore enregistré en peine nuit. Très minimal donc. La pièce la plus longue des deux mais la plus minimale aussi. Ce duo nous la fait à l'envers et c'est ce qui me marque encore, comme sur leurs disques chroniqués dont je parlais au début. Un peu à contre courant, forcément un peu décalé, mais de ce un peu ils en tirent beaucoup.
cyrille lanoë
relentless
souffle et mécanique 
dumpster diving labddlc0004
distribution : autodistribution
cd
ouffle et mécanique, une seule et unique pièce, obstinée, puissante, et intime ; mais malheureusement trop courte (vingt-six minutes). Une pièce improvisée par le duo RELENTLESS, soit Artur Vidal et Sébastien Branche, crédités tous les deux aux saxophones et objets. Un long souffle traverse cette pièce, un drone soufflé, puis une note instable, et un tremolo, le souffle passe d’un saxophoniste à l’autre, traverse l’espace, obstrue le silence, génère du bruit, un bourdon. Souffle et mécanique ressemble un peu à une course de relais, où le témoin n’est autre qu’un bourdon. Une course contre le silence, une course en multiples dimensions, qui tente de remplir l’espace acoustique par tous les moyens. A travers ces drones d’une part, mais également à travers de très brèves interventions sporadiques et espacées, comme des cris à peine entamés et déjà étouffés, en apparence du moins, car la résonance assure la continuité du son. Une résonance qui fait vivre la galerie où a été enregistrée cette performance, qui fait vivre chaque son, mais qui le fait aussi dialoguer avec le lieu de captation. Une performance incroyable, où la linéarité n’est jamais gênée ou perturbée par les discontinuités et l’inventivité du duo. Car même si Souffle et mécanique est une pièce qui joue sur la continuité et la linéarité, ceci n’empêche pas RELENTLESS de diversifier les modes de jeux, les timbres et les textures, sans ne jamais perturber l’atmosphère globale qui reste inaltérable durant toute la performance. Une pièce virtuose, où chaque membre du duo rivalise de talent et de créativité. Mais c’est également une pièce intime et très sensible, où chacun rivalise d’attention et de sensibilité à l’autre et à l’espace, dans un savant mélange d’osmose et d’opposition entre les instrumentistes, d’attrait et de répulsion pour le vide ou l’espace. Pour ce troisième album principalement composé de bourdons et de bruits abstraits, RELENTLESS nous fait vivre un voyage passionnant et absorbant à travers un dédale de sons et de nappes qui fusionnent ou s’opposent, s’entrechoquent ou glissent l’un sur l’autre. Une pièce qui construit une multitude de dimensions et de chemins, parfois parallèles, d’autres fois perpendiculaires ou entrecoupés, mais aussi des chemins fantasmagoriques et non-euclidiens.
julien héraud
subterraneanact
s/t
z6 recordsz6399699
distribution : korm plastics
cd
Et voici le disque que je ne pensais jamais écouter cette année. Le voici bien parti pour en être une proposition marquante de celle-ci. Je ne connaissais rien du label z6 Records et encore moins de ce duo néerlandais. Et pourtant, dix ans d'activité de label pour lequel a déjà contribué Henk Bakker, ici à la clarinette basse et aux électroniques, accompagné de Jelmer Cnossen à la batterie et au logiciel Ableton Live. Pour la petite histoire toujours, le label est emmené par Lukas Simonis, programmateur au lieu alternatif de Rotterdam, Worm, et dont la pochette est signée par l'équipe d' Extrapool, autre lieu alternatif néerlandais à Nimègue. Une histoire de famille donc si on peut dire. Le tout distribué par Korm Plastics bien évidemment. Là j'ai du normalement vous mettre sur la voie musicale de ce duo. Forcément électro-acoustique mais pas que. Un système de re recording aux boucles étroites, aux virages serrés. Avec quelques bribes de minimal wave stridentes. Ce travail abstrait sur la boucle analogique et sur des séquences hachées m'a de suite fait penser à l'anglais Darryl Moore, agissant sous le pseudonyme D notamment sur son label Soul Static Sound. Une électronique rêche, abrasive, faite de cut-ups et sampling en direct, forcément un peu sale. La clarinette basse se faisant discrète, au sens propre comme au figuré. Cela pilonne parfois, alliant l'agressif à l'agréable. Une bien belle surprise.
cyrille lanoë
loup
the opening
gaffer recordsgr036
distribution : metamkine
cd
Point de meute. Loup est deux. Loup la joue aux aguets en duo pour plusieurs instruments, la guitare, les électroniques, le sax ou la batterie. Comme son nom ne l'indique pas, "The Opening" est le deuxième disque, et deuxième CD pour le compte du label lyonnais Gaffer Records. Clément Edouard et Sheik Anorak avaient plongé le free jazz dans du math rock parfois proche des Ruins et tellement plus du free de Zu, le temps de leur premier album, "Free jazz series vol 2". Forcément hargneux. Une petite moitié de la durée de ce premier essai, compte un drone d'une dizaine de minutes. Particularité forte du Loup. Des électroniques organiques profondes, une brume latente, un sax parfois discret mais plaintif, sauf qu'à la fin c'est toujours le free qui gagne. Sur "The Opening", ça commence fort. Toujours aussi hargneux et encore plus vindicatif. Faut voir ce qu'on s'prend dans la tronche dès le départ. Tout dans les graves et dans le rouge. Et les électroniques reviennent. Un sax aux abois renvoie les assauts d'une pédale de volume sur la six cordes, aux harmoniques dans les graves elle aussi. Je l'avoue, j'ai parfois pensé à un autre duo, celui de Hint. Les électroniques sont ensuite plus identifiables et "classiques" j'oserai dire. Elles se mélangent parfaitement bien à leur free jazz teigneux. Même sur des essais plus calmes où ce sont elles qui donnent le tempo. Sans parler de jazz fusion, il y a un côté froid qui de temps à autre nous le rappelle malgré tout. Mine de rien ils nous le secouent comme il faut notre free jazz. Et chez moi ça fonctionne plutôt bien. J'aime aussi le travail du mixage parfois en re recording, qui apporte également sa dimension à la chose. Chose sur la fin du disque (assez court) qui se fait rock crado et martelé comme l'exécuterait The Athletic Automaton par exemple. Un duo lui aussi tiens donc. Un joyeux bordel assez dépouillé en fait.
cyrille lanoë
acker velvet
carbon and chairs
monotype recordsmono046
distribution : metamkine
cd
Un autre duo. Autrichien celui-ci. Andreas Trobollowitsch et Johannes Tröndle sont à la manœuvre. Jouent tous les instruments, objets et dispositifs. Si Loup maltraite le free jazz, c'est le post rock qui est ici passé à la moulinette. Parfois convaincant sur les premiers titres, oscillant entre This Heat et la scène française, Ulan Bator et Bästard en tête. Mais il manque du piment à ces morceaux pour nous tenir en haleine par la suite. Pourtant c'est assez lo-fi. On voit bien la démarche, scènettes électroacoustiques minimales évidemment proches des sonorités de leurs compatriotes, je pense bien sur à Radian. Poussées il faut le dire, par le mastering de Martin Siewert. Forcément. Un croisement avec le travail d'Andrea Belfi, chroniqué sur ces mêmes pages, celles de juin, s'opère en fin de disque. Espaces cinématographiques, avec du field-recordings dedans, musicalité au drone éthéré, contrées américaines en vue, pop vaporeuse sur le titre chanté par Werner Kitzmüller. Le disque s'allonge et peine toujours à m'accrocher. Effectivement il ne se passe déjà plus grand chose et ce "Carbon and chairs" rejoint malheureusement le disque tout aussi quelconque d'Andrea Belfi, "Wege". 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
compilation
wired open day 2009
taïgataïga 19
distribution : metamkine
lp
Un label, Taïga records, deux vinyles, cinq artistes, quatre pièces. Quatre visions sonores d'un même site, du Sud Ouest de l'Australie. Captées à plusieurs moments d'une même journée. Une installation pharaonique, faite de câbles télégraphiques tirés sur des centaines de mètres, mise en œuvre par l'artiste Alan Lamb. Fruit d'une résidence avec le Wired Lab entre 2008 et 2009, les propositions des artistes Garry Bradbury, Alan Lamb, David Burraston, Oren Ambarchi et Robin Fox résultent d'une longue communion avec l'espace sauvage qui s'est ouvert à eux, comme la photo intérieure s'ouvre à nous avec ce magnifique gatefold. Aridité à perte de vue. Aridité sonore perceptible dès l'entame, avec le duo Garry Bradbury/Alan Lamb. Un continuum de séquences à l'archet sur ces câbles dont le drone rappelle le duo Matt de Gennaro/Alastair Galbraith, jusque dans le titre avec "Wire music" sur Corpus Hermeticum. Alan Lamb s'associe ensuite avec David Burraston pour une pièce complétement électroacoustique. Récupération d'ondes, de fréquences à base de field recordings, et de séquences préparées. Entre l'esprit acousmatique du label Empreintes Digitales et l'artiste Biosphere. Mais qui me rappelle également le travail de Joyce Hinterding, un artiste lui aussi australien, avec ses captations à l'aide d'une antenne, de sources magnétiques et de satellites météo sur son disque, qui date un peu, "Spectral" (Antiopic). Pour finir en une courte improvisation noise qui tranche un peu avec ce surplace très magnétique. Le troisième passage laisse la place à Oren Ambarchi. Plus dans l'esprit de ses escapades chez Tzadik que chez Touch. On reconnait son sens du drone et de la réverbération. Mais également ses aptitudes à aller trainer vers le contemporain avec une ouverture très électroacoustique. Une simple excursion qui rend possible de longues résonances aiguës et très noise. Pour une fin profonde autour d'un moteur vrombissant mais a priori en fin de vie. Presque apocalyptique et inspiré de son passage avec Sunn))) O. Un délice. Robin Fox a la lourde tâche de clôturer le disque. Car la barre est assez haute jusque là. Et l'artiste en art audio-visuel s'en tire plus que bien et nous envoie des bribes de fréquences sabrées directement dans le rouge, pour s'épousseter dans un magma noise de haute volée. C'est basique, certes, jusque dans les électroniques qui apparaissent en milieu de pièce, et qui nous rappellent qu'il sort des disques chez Mego. Mais ce n'est pas ce qu'il y a de mieux à retenir de cette pièce. Les ondulations finales montrent un visage organique qui nous fait redescendre tranquillement sur terre. Malgré son prix, un très beau disque. Bientôt épuisé.
cyrille lanoë