streifenjunko
sval torv
sofasofalp539
distribution : metamkine
lp
En langue allemande, le substantif streifen veut dire vaguer/rôder/effleurer/errer. C'est bien ce mot qui m'a attiré vers ce projet. Pourquoi ? Pour les sonorités du mot, parce qu'aussi et surement j'ai aimé apprendre et comprendre la langue allemande jusqu'à l'université. Et cette traduction est intéressante face à la musicalité proposée. Derrière ce nom se cache un duo norvégien, qui nous présente son deuxième album. Eiivind Lonning est à la trompette, Espen Reinertsen au saxophone. Un duo qui a participé à quelques projets dont un quartet avec Tetuzi Akyama et Martin Taxt, puis tout ce petit monde se retrouve aussi en quintet répondant au nom de Koboku Senju avec en cinquième homme, Toshimaru Nakamura. Vous l'aurez deviné, on va parler un peu minimalisme. Le souffle rappelle bien sur la scène allemande, avec Axel Dörner, et également la scène américaine, avec Nmperigm. Mais ici ce qui souffle le plus c'est cette mélodie. J'aurai jamais cru vous parler de mélodie un jour dans Revue et Corrigée ! Pourtant c'est bien le cas. Dans un équilibre pas si instable. Un équilibre entre l'abstrait, le souffle continu et cette mélodie. La résultante en est ce drone qui chantonne ! Si surprenant qu'on s'attache vite à ces sonorités ambiguës, on se laisse emporter facilement dans ces paysages où ces mélodies en question me rappellent quelques musiques de films plus ou moins impressionnistes, un peu nouvelle vague. Il se dégage de ces ambiances sonores des vibrations répétitives absolument chaleureuses, réconfortantes. On sent le véritable travail de longue haleine derrière ce disque. Des boucles naturelles simples qui ne viennent pas par hasard. Quelque chose me dit qu'ils ont dû bucher pour en arriver à ce niveau. Un très grand disque empreint de sincérité, de ritournelles magiques. Surtout, si vous vous trouvez sur Paris en janvier, filez les écouter à la Maison de la Norvège, le 24 de ce mois.
cyrille lanoë
compilation
nantes is noise
fibrrnin
distribution : metamkine
cd
Un slogan à l'esprit militant, "Nantes is noise" (j'y aurai bien mis un point d'exclamation moi), pour cette compilation sortie au début de l'exposition médiatique de la résistance au projet d'aéroport de Notre Dame des Landes. Un militantisme à la sauce Apo33, quant à lui exposé dans l'article de Kasper T Toeplitz dans notre numéro papier 94. Comme pour faire écho aux propos reproduits dans cet article, quoi de plus approprié que de proposer une photographie, un état des lieux qui fait office de constat, d'une frange de l'activisme noise made in Nantes. Il y est énormément question de collectif dans les réflexions de Julien Ottavi tout au long de cet interview. Quoi de plus encore opportun de la jouer collectif justement, terme on ne peut plus sportif au moment même où j'écoute le morceau de Luc Kerléo, s'amusant électroacoustiquement d'un commentaire sportif radio ou télé; au travers d'un instantané de prises de parole par ces artistes qui touchent de près ou de loin à la nébuleuse Apo33. Dernier écho ou liaison avec la structure en question, Apo33 a créé un espace qui s'appelle Plateforme Intermedia Apo33/ La Fabrique. Après l'espace en dur, l'espace sonore fixé sur disque, si l'on considère une compilation comme une plateforme. Ce titre "Nantes is Noise", est pour moi plein de sens. Comment s'approprier un espace musicalement, dans l'environnement et l'architecture que représente la ville. Ou comment donner un sens à sa ville. On peut même aller plus loin historiquement parlant, car si la ville de Nantes est surtout connue pour sa pop (Dominique A/Little Rabbits...), elle a un lien avec le noise sous toutes ses formes. Nantes redevient d'ailleurs rock tendance noise US justement avec Fordamage (voir chronique sur notre site, rubrique juillet 2012), Papier Tigre, et toute une nouvelle scène garage émergente qui se produit au nouveau bar rock, Le Stakhanov. Le noise c'est aussi les activités de Câble, plus proche musicalement d'Apo33. Le noise chez Apo33 s'est développé à ses débuts dans l'organisation de concerts, que dis-je de tonne de concerts et faisait venir la crème de la noise planétaire (Storm & Stress, Flying Luttenbachers et autres) et a certainement dû marquer à l'époque toute cette nouvelle scène actuelle évoquée un peu plus haut. Entre deux concerts de rock noise chicagoan organisés par une autre asso nantaise du début des années 2000, (feu) P.A.M.
Je pense qu'il est nécessaire de faire ce point historique car cette compilation regroupe une grande parties des personnes qui ont contribué à cette organisation parfois un peu folle qu'était celle d'Apo33 à cette époque : Anthony Taillard, Formanex, Clinch ou Luc Kerléo entre autres. Nécessaire d'évoquer aussi le virage engagé par l'association il y a environ 5 ans, avec moultes activités de workshop, conférence, création multimédia et développement/tutorat autour des logiciels libres. Avec en filigrane quelques concerts ou festivals. Nous en venons donc à l'histoire de Fibrr. Label créé aux débuts de Formanex et au début des années 2000, et dont l'histoire est intrinsèquement intimement liée. Et réveille des souvenirs, car j'y ai pris part personnellement, comme par exemple au découpage, pliage et collage de la pochette sérigraphiée du premier disque autour de Treatise de Cornelius Cardew, toute une journée dans les locaux d'Extrapool à Nimègue/Hollande. On les retrouve d'ailleurs ici avec un extrait live de 2011 de cette même partition. Keith Rowe ouvre avec un minimalisme silencieux qu'on ne lui connait pas franchement. Anthony Taillard nous gratifie d'un titre drone "Organ", digne des expérimentations de Jim O'Rourke et je pèse mes mots . Jérôme Joy s'éclate dans une masse obsédante. Thomas Tilly nous emmène dans son field recording environnemental. Un état des lieux qui tient toutes ses promesses. Décidément j'adore cette ville.
cyrille lanoë
le son du grisli
john butcher. liberté et son : à nous trois, maintenant
le son du grislihs#9
distribution : metamkine
revue
Une revue qui parle d'une revue. Guillaume Belhomme, du blog Le Son du Grisli et de la revue du même nom, aime les instantanés. Après sa série Free Fight avec Philippe Robert autour de réflexions construites en chroniques de disques sélectionnés, publiées en quatre volumes au tirage ultra-limité, puis assemblées et éditées par Le Camion Blanc récemment, Guillaume Belhomme sortait en fin d'année 2012 un "dossier" sur John Butcher. Il s'agit de la traduction de Freedom and Sound This time it's personal publié en Allemagne et en allemand chez Wolke Verlag, puis en anglais sur le site Point of Departure. Tout comme la série Free Fight, ce "spécial" John Butcher est la réalisation d'un véritable fan. Cela ne peut pas être autrement. Et si l'on parle de la lecture et de ses effets plus que de l'écrit, on se prend à se replonger dans ces beaux disques tels le Spontaneous Music Ensemble (avec John Stevens et Roger Smith) sur Emanem, ou encore le " The Contest of pleasures" sur Potlach. Et à Guillaume de nous faire dire que oui, John Butcher est indéniablement un grand artiste. Et qu'il a publié de grands disques, tout ça pour y ajouter la réédition sur Unsounds de son "13 friendly numbers" de 1992. Si nous trouvons la traduction française de ce texte dans un premier feuillet A5 de 8 pages, c'est la mise en page en paysage et en colonnes qui me fait dire "feuillet", nous trouvons également un deuxième feuillet A5 de 12 pages qui nous présente "L'abécédaire John Butcher". Quand je vous disais qu'il était fan. Ce A à Z qui vient en écho au propos de John au sujet du son acoustique notamment, ou encore de la résonnance. En plus de nous apprendre plein de choses sur son parcours. Dans son texte initial, John décrit à l'aide d'exemples précis, comment l'artiste improvisateur doit se mettre en danger, tout comme il nous explique la façon dont il appréhende les solos. Non pas qu'il en veuille aux électroniques, juste que parfois ça ne marche pas, dans tous les sens du terme. Alors que même lui, parfois ça ne fonctionne pas, en atteste un problème de tampon sur une clé qui s'avérera finalement une des pistes sonores à explorer, ce qu'il exprime par des accidents. Et par le danger. Si Guillaume Belhomme et Guillaume Tarche offrent généreusement cet espace à John, ce dernier ne manque pas non plus de dire dans ce même élan de générosité tout le bien qu'il pense des riches rencontres avec par exemple, John Russel, Chris Burns ou Axel Dörner. Un très chouette objet.
cyrille lanoë