ken hyder / z'ev / andy knight
ghost time
hinterzimmer recordshint16
distribution : metamkine
cd
Quatre pièces d'ambiant abyssales pour un trio composé de deux percussionnistes et d'un trompettiste. Un disque aux drones glacés, qui me rappellent les beaux moments du "Silence submarine" du duo Bardoseneticcube et Lieutenant Caramel. Ken Hyder compose ici quatre temps étirés, volontairement éloignés, comme filtrés par une électro-acoustique aux accents post-industriels. Ce que sait bien faire Troum par exemple. Une trompette de poche assez jazzy, vient se poser sur ces strates de vibrations lentes à l'aide entres autres d'objets abrasifs (type disques de meuleuses) et cymbales, sur une dernière partie vaporeuse et quasi shamanique. Une version finalement assez personnelle d'un certain revival ethno-folk frôlant parfois le new age, incarné par un duo que je viens de découvrir, Natural Snow Building (une chronique à suivre dans notre prochaine édition papier de juin). Voix planantes et pleine d'échos, bourdonnements en voltige, sons organiques parsemés semblant en être la recette, encore faut-il qu'il y en ait une, de recette, et ça c'est moins sur. Et c'est tant mieux. Ma préférence va vraiment pour la dernière pièce, "Glimpse". Vous pouvez également vous reporter à notre parution papier en cours (numéro 95) avec la chronique de ce même disque par Pierre Durr.
cyrille lanoë
ravi shardja
grÜn ist grau
grautag recordsgtr#005
distribution : staalplaat
lp
Ce disque me perturbe. Ce qui m'a poussé à l'écouter énormément (bizarrement !) et je crois que je n'ai jamais pris le luxe d'écouter autant de fois un disque avant de le chroniquer. Si l'on parle de façon globale je ne sais pas si c'est la production qui veut ça, ou bien l'ordre des morceaux peut-être, mais il y résonne (réaction en miroir au magma sonore proposé) une atmosphère de démo. Depuis la première écoute cette sensation ne veut pas me lâcher. Assez désagréable sensation j'en conviens. Principalement ce pourquoi je me suis quelque peu forcé à écouter un maximum de fois ce (long) disque. Désagréable pour l'auteur car le terme démo peut être péjoratif, sauf et je pense que c'est le cas, le niveau des démos dès la fin des années 90 (période où j'en écoutais le plus) était modestement plus que correct. Je pense à un artiste de l'ouest de la France qui a officié bien longtemps sous les noms de Scopa ou Opia en format cassette. On l'avait retrouvé plus tard sur une compilation vinyle du label britannique Earworm. Malaxage d'electronica et de pop lo-fi vaporeuses. Dans une "énergie" (si on peut dire) ambiant. Avec des soubresauts d'abstract hip hop. Voilà pour la vision globale de la chose. Plus en détails, et en me renseignant un peu sur le label et sur l'artiste, il s'agit d'un double vinyle, une pièce par face, paru sur le jeune label berlinois Grautag records. Disque inclus dans un catalogue ouvertement soucieux de donner un cadre et d'offrir une collection sur le thème de l'urbanisme et de la dystopie, vision imaginaire et contre-utopique d'une société, d'où ce lien avec l'urbanisme jusque dans la pochette par Nicolas Moulin, instigateur du label en question. Et jusque dans le quasi manifeste "d'imposer/inciter" une vision pessimiste à l'artiste. A propos de l'artiste, que je ne connaissais pas, il en est loin de la démo. Il est surtout connu pour participer au collectif Gol (Jean-Marcel Busson, Frederic Rebotier, et Samon Takahashi) et a sorti des disques chez Stembogen ou Suara records, dont ceux de Gol avec Charlemagne Palestine, un autre avec Ian Dumitrescu ou encore un avec Charles Hayward. Après ces quatres pièces d'un bon gros quart d'heure chacune, ma préférence va largement aux deux dernières. Bien plus abstraites, moins de guitares "pop lo-fi", et bien plus profondes que les deux premières. Qui sonnent comme du Maurizio Bianchi, notamment sur son disque "Percutionem" chez Rotorelief. M'a causé beaucoup d'ennuis ce disque sur ce que j'allais bien pouvoir vous dire. C'est fait. Je passe à autre chose maintenant.
cyrille lanoë
queixas
eye of newt
insub.[insubcd09]
distribution : metamkine
cd
abdul moimÊme
mekhaanu-la forÊt des mÉcanismes sauvages
insub.[insubcd07]
distribution : metamkine
cd
QUEIXAS est le trio réunissant Cyril Bondi au tom basse et objets, Abdul MOIMÊME avec son système de deux guitares préparées, et D'Incise au laptop et objets. Un enregistrement à Lisbonne en 2012 sur le label suisse Insubordinations. J'avais découvert leur travail il y a un peu plus d'un an à travers les disques solo de D'incise "Léthargie et autres animaux rugueux" et le sextet "Brume" (avec aussi Abdul MOIMÊME) sur Creatives Sources (voir chroniques web de mars 2012). Relativement enjoué et séduit par ces deux disques, j'écrivais à l'époque à propos de "Brume" : "Véritable socle de leur travail en collectif, cette lenteur se fait évidemment méditative, mais aussi très dansante, ondulante". Ces superlatifs sont encore plus forts sur "EYE OF NEWT". Un voyage déroutant, délicieusement statique, sur la brèche. Insolent de fraicheur, de simplicité, d'une méticulosité incroyable. Les sons métalliques peignent un univers joyeusement tendu, une tension concrète positive, forcément industrielle. Quelques bulles de basses au laptop éclatent avec parcimonie et donnent du corps à ces trois pièces absolument incroyables, au croisement entre la scène américaine noise qui se met au ralenti comme Emeralds, et les improvisations européennes comme on a pu l'entendre récemment sur le non moins superbe duo Jassem Hindi et Axel Dörner sur Corvo Records. Et pas si loin non plus du tout près Ghost Time en moins "massif" et donc plus subtil (voir plus haut). Tout comme Kasper T Toeplitz dans son "Ring Modulation 8 / La masse et le dépouillement" en fin de notre version papier en cours, notre numéro 95, je suis assez bluffé par ces artistes désormais loin d'être émergents, ces artistes qui avancent et ne cessent de nous offrir de vraies propositions frissonnantes.Abdul MOIMÊME travaille donc sur deux guitares préparées. Sept pièces solo pour plusieurs guitares composent ce "Mekhaanu", une Les Paul à l'intérieur d'un piano, une Fender stratocaster, et une guitare faite maison. Nous ne sommes pas loin des paysages du solo d'Anthony Taillard sur Drone Sweet Drone. Ce même attrait pour la six cordes. Que dis-je, une dévotion. Nous sommes un peu aussi dans l'installation puisqu'il joue sur deux amplis et un pré-ampli. Glissandi sifflants, fréquences étendues, respirations et traitement du silence et des séquences en va-et-vient proche d'Oren Ambarchi. Un surplace monté comme une mécanique bien huilée. Qui s'évade vers un mur gentiment bruitiste et pimenté sur (justement) "Mécanisme II". Sur une tôle qui claque mais ne cède pas. Même lorsqu'une des guitares s'affole et semble jouée plus qu'être préparée. On ne sait plus très bien là et c'est tant mieux. Plus le disque avance d'ailleurs plus cette agréable confusion s'opère. Un disque attrayant...Et un autre quasi essentiel. Belle pioche.
cyrille lanoë