seijiro murayama / stéphane rives
axiom for the duration
potlatchp 211
distribution : orkhêstra
cd
jean-luc guionnet / seijiro muramaya
window dressing
potlatchp 111
distribution : orkhêstra
cd
seijiro muramaya
4 pieces with a snare drum
petit labelpl son 007
distribution : metamkine
cd
Pour chaque projet Muramaya aime à rappeler qu’il joue différemment afin de produire quelque chose à la fois original et en économie. Pour chaque projet, plus qu’une forme le musicien cherche une entente avec ses alter égo (Rives ou Guionnet par exemple). Ecoutant pour chaque « duo » une musique qui au début ne lui plaît pas forcément, le créateur se laisse imprégner par une écoute approfondie. Peu à peu transforme les premières sensations. Néanmoins au bout du parcours en commun chaque projet reste une « work in progress . Le musicien estime qu’il existe toujours d’autres possibilités. Néanmoins ce qu’il propose sur ses CD reste parfait.
Maître de l’improvisation Muramaya s’impose une règle. Il refuse ce qu’il nomme l’  « improvisation idiomatique ». A savoir celle qui se limite à la simple démonstrations de techniques sophistiquées et que du prestations en concerts le musicien se contente toujours de rejouer à l’identique de manière « dogmatique ». Improviser reste le contraire de «répéter» ou de « performer ». Et l’approche minimaliste des percussions n’a rien de réductionniste. A la recherche de la précision et d’une forme de groove Muramaya tente par son jeu à faire corps avec les autres instruments qui, selon lui, sont toujours « plus précis que les percussions ». Cette vision paradoxale des drums lui font préférer le caisse claire à tout autre élément. « La caisse claire est une caisse de résonnance : c’est comme un continuum microscopique». A l’inverse il éprouve une certaine aversion pour les cymbales qui « asphyxie » toute musique. Non parce que par essence l’instrument est mauvais mais parce que ses dispositifs d’accroche créent des sons parasites à sa pureté initiale. Afin d’y remédier l’artiste la caresse parfois à l’aide d’un archet..
Toutes ses productions (Cd et concerts) sont à la recherche d’un premier jet, d’une forme de spontanéité. Cela oblige chaque fois à prendre de nouvelles initiatives tout en exerçant une faculté de jugement et de réflexion afin de donner à un morceau sa consistance. L’œuvre est donc bien loin de ce qu’on a l’habitude d’entendre. A partir de sa propre intériorité et d’une certaine solitude Muramaya ne cesse d’aller vers une musique qui se projette au-delà d’elle-même si l’artiste reste toujours réceptif aux sons qu’il produit afin de ne pas s’enfermer dans son propre monde intérieur et de réfléchir à sa perception extérieure. D’autant que pour le percussionniste japonais (installé en France) le silence garde toute son importance comme le prouve ses travaux ave Eric La Casa, Toshimaru Nakamura ou en solo. Il aime à parler « du silence dans le son ou du son comme silence ». Introspective mais aussi « extraspective » la musique se charpente donc au sein d’un silence intérieur. C’est la condition sine que non à son expulsion à travers des ondes sonores où ce qu’on appelle musique prend un nouveau sens.
catherine brisset / cristal baschet et ensemble
skylamp
drone sweet dronedsd 006
distribution : metamkine
cd
Les structures Baschet furent inventées il y a près de 60 ans par Bernard Baschet. Ces instruments furent conçus afin de transformer la musique en « sculptures sonores ». Ils avaient disparus des enregistrements et des salles de concert depuis une vingtaine d’années à de rares exceptions près (Annick Nozati par exemple qui en utilisa certaines).
Catherine Brisset offre la possibilité de découvrir ou de redécouvrir le cristal Baschet et ses sons particuliers. Elle a créé 8 pièces pour 9 musiciens dont l’électroacousticien Eryck Abecassis. Certains titres sont construits pour une interprétation solo mais dans la plupart cet instrument est conjugué au violon, violoncelle, clavecin, flûte ou l’électronique.
Le propos est ici de démontrer le spectre sonore très large du Cristal Baschet. Catherine Brisset prouve aussi combien il s’accorde avec des instruments classiques ou contemporains. Cet instrument en effet n'a pas pour but de colorer de manière particulière une composition : il offre de nouvelles modalités d’expression, de jeu.
C’est sans doute dans sa conjonction avec l’électro que l’instrument est le plus intéressant. Cet instrument complète habilement les variations électroniques dont par beaucoup de points il se rapproche. Dans ses tonalités les plus aigus il n’est pas sans rappeler d’ailleurs d’un autre instrument précurseur de l’électro et qui a disparu : les ondes Martenot (et à un degré moindre le theremin).
Il ne faut pas pour autant négliger les autres mariages proposés par Catherine Brisset. L’ensemble n’est jamais hétéroclite dans l’approche des divers instruments. Chaque composition représente une vision plutôt avant-gardiste dans une conflagration de sonorités que l’on pourrait croire toutes issues des ressources électroniques.
Les greffes ont donc parfaitement fonctionné dans cette trame a priori disparate. Elle révèle une poésie sonore très particulière. Le mix musique traditionnelle et nouvelle crée une sorte d’ivresse. « Skylamp » est donc recommandé à tous ceux qui aiment la découverte.
jean ferraille
manifeste à son[s]
bruits de fondrésistance des matériaux 02
distribution : autodistribution
lp
Un bon moment que ce maxi attendait son heure. Mes plates excuses à qui se reconnaitra. Ou bien c'est moi qui l'attendait, mon heure. Après un double maxi déjà chroniqué en février dernier, nommé "Revolutions per minute", je savais à peu près à quoi m'attendre. Me voilà ravi d'être totalement surpris par une approche originale des fondations des musiques industrielles et électroniques, voire break core. Ici c'est épuré. Ce qui m'a touché d'entrée. Un Pan sonic complètement démantibulé, un son proche des productions du label Schematic, via notamment Richard Devine. Une électronique sombrement froide, piquée au vif, virile et vrillée, noise. Et quand la voix de Mistress Bomb H se pose, on touche à du très bon. Digne des grandes heures du Kid 606 et consorts. Là ou c'est gagné chez moi, c'est que Jean FERRAILLE sait nous séduire et nous faire apprécier son univers de thématiques clairement issues des musiques techno tendance break core. Ce qui ne semble pas si évident chez moi, mais c'est réussi de fort belle manière. Surtout lorsque sur la face B, il nous plonge dans une noise proche des tout débuts des Wolf Eyes, et influencée directement par Luc Ferrari et son texte "Dialogue ordinaire avec la machine". Un superbe croisement des musiques acousmatiques et électroniques actuelles. A la sauce Jean FERRAILLE bien sur. Une production aux petits oignons vient couronner le tout. Non vraiment, c'est une totale réussite ce disque.
cyrille lanoë
erik marchand
ukronia
innacorinna41215
distribution : l'autre distribution
cd
Le label breton s’est fait le vecteur de la production de musiques que l’on pourrait qualifier d’hybrides : marier les styles, entre musiques traditionnelles et improvisations, entre diverses approches du jazz et de la chanson... Dans le cas de cet « Ukronia », c’est un mariage entre traditions : le fond, véhiculé par le chant d’Erikk MARCHAND et à travers les thèmes et les mélodies, reste largement empreint de l’esprit celto/breton, et plus précisément des traditions d’un pays, le Gallo ou la Haute Bretagne ; la mise en œuvre orientalise cette musique avec l’utilisation d’une instrumentation connotée : oud, zarb, davul, daf tout en l’inscrivant dans une histoire musicale plus large par l’emploi d’instruments anciens, tel le cornet à bouquin (surtout utilisé de la Renaissance au XVIIe en Europe), la violone (grande viole, ancêtre de la contrebasse) ou la lyra-viol de l’Angleterre du XVIIe siècle. Cela nous donne des combinaisons sonores singulières, et le mariage de ces divers éléments est plutôt fécond, d’autant plus que la plupart des thèmes se réfèrent aux rencontres amoureuses. 
 
 
 
 
 
pierre durr
sh.tg.n.
id.
moonjune046
distribution : orkhêstra
cd
Cette formation qui officie sous le nom de SH.TG.N (Shotgun ? Shitgun ? Les deux termes apparaissent dans les titres de l’album !) pourrait se présenter comme le pendant belge des américains d’Ahleuchalistas de par la virulence de ses textes, par son approche musicale et sa densité sonore, quoique plus emphatique (la formule à six apparaissant moins sèche) voire par sa couverture qui, ici emprunte son graphisme au style des enluminures qui illustraient les parchemins médiévaux, avec têtes de morts et animaux pendus.
Il est vrai que la bande, regroupée autour de ses deux compositeurs, le claviériste Antoine Guenet et le chanteur Fulco Ottervanger, avec le guitariste Yannick De Pauw au jeu incisif, le vibraphoniste Wim Segers (qui introduit dans le travail du groupe une respiration jazzy) et son frère Simon, batteur, rythmique épaulée par le bassiste Dries Geusens au jeu tellurique œuvre tel un power trio décomplexé et énergique, qui ne néglige pas l’emprunt de sentiers plus déjantés. La musique explose, tel le volcan Eyjafjallajökull, Le tout au service de textes évocateurs et glauques (Esta Mierda No es democracia, Save Us from Bloody Women…). 
 
 
 
 
 
pierre durr
golem mecanique
stroj/zamek
drone sweet dronedsd008
distribution : metamkine
cd
Cela pourrait être une autre production tchèque. Après tout le mythe du Golem est apparu au XVIe siècle dans la cité pragoise et cette histoire de statue chargée de protéger le quartier juif. Le titre de l’enregistrement concourt aussi à cette impression. C’est à la fois vrai et faux. Vrai, parce que l’idée de cette fresque sonore fait suite, comme nous l’indiquent les notes de la pochette, à un voyage à Prague et une déambulation dans ses murs. Plus précisément l’ancien quartier juif et son cimetière ? Ce n’est pas précisé. Mais GOLEM MECANIQUE est une formation nantaise. Et elle propose évidemment une déambulation sonore, assez fantomatique, un brin mécanique (stroj peut se traduire par machine) aussi bien à partir d’une voix féminine évanescente que de l’utilisation d’une électronique assez minimaliste, vaguement bruitiste, évoquant des ombres inquiétantes, un environnement mystérieux, voire une forme d’enfermement (zamek se traduisant, entre autres, par serrure, verrou). 
 
 
 
 
 
pierre durr
polish radio experimental studio
pres scores
bôltbr es006
distribution : metamkine
cd
Rester fidèle ou se réapproprier une partition ? Cela dépend à la fois de l’esprit de l’interprète mais aussi des possibilités techniques différentes lorsque plusieurs décennies se sont écoulées entre la création de l’œuvre, électroacoustique ou non, et son interprétation contemporaine.
La question se pose aussi pour les enregistrements de Zeitkratzer, dans sa série old school et le label polonais Bôlt est un peu coutumier de cette pratique.
Au départ de ces "Pres Scores", six œuvres de quatre compositeurs polonais, Andrzej Dobrowolski, Wlodzimierz Kotonski, Boguslaw Schaeffer et Krzysztof Penderecki, créées entre 1959 et 1971 dans les studios de la radio polonaise, œuvres électroacoustiques à partition. Bien sûr produites avec le matériel en usage alors, chacune s’individualisant cependant : si Music for Magnetic Tape and Piano Solo procède dès l’origine d’une stricte interprétation sur partition (par l’ingénieur de son Eugeniusz Rudnik et le pianiste – compositeur par ailleurs – Zygmunt Krauze), Aela de Kotonski est basée dès sa création sur l’aléatoire (le titre, anagramme d’alea, est explicite !) alors que Study for one Cymbal Stroke exploite les paramètres d’un seul son, Psalmus propose la transformation de l’expression (attaque, durée) des voyelles et consonnes prononcées par une voix masculine et une voix féminine. Quant à la Symphonic : electronic music de B.Schaeffer, pièce la plus longue, et quelque peu angoissante, elle est d’emblée écrite pour une performance réalisée par Bohdan Mazurek. Bref, en soi déjà le premier CD est un riche témoignage de l’œuvre créatrice d’un studio d’une radio. Et l’existence de partitions permet de reprendre ces œuvres, de les réinterpréter avec des techniques différentes, moins lourdes sans doute.
Cette réécriture, si elle est pour moitié dévolue à des musiciens polonais actuels, tels Arszyn, Kurek ou le trio Male Instrumenty, peut aussi échoir à d’autres. Ainsi Thomas Lehn reprend la Symphonic : electronic music de B.Schaeffer, Lionel Marchetti le Psalmus de Penderecki*, la laptopiste de Cologne Marion Wörle la pièce aléa(aela)toire. Si les sonorités d’ensemble du second CD ont bien évidement une empreinte contemporaine plus affirmée, certaines pratiques aseptisent la rugosité, voire l’agressivité sonore des pratiques d’il y a cinquante ans. C’est particulièrement le cas pour Thomas Lehn, dans sa reprise de la pièce de Boguslaw Schaeffer. De son côté, Lionel Marchetti insère le travail sur les voix proposé par Penderecki dans un continuum sonore plutôt minimal, voix qui n’apparaissent plus qu’en paramètre, parmi d’autres, d’une création personnelle… En même temps, comme semble le montrer l’interprétation de Music for magnetic Tape No 1 de Dobrowolski par Arszyn et Piotr Kurek, certaines propositions sont plus insidieuses et permettent à l’auditeur d’entrer progressivement dans un univers sonore qui pouvait apparaître rébarbatif dans sa première diffusion. Mais est-ce le but recherché ?
*pièce d’ailleurs reprise sur une autre production du label par John Tilbury…
pierre durr