thomas ankersmit
figueroa terrace
touchto:93
distribution : metamkine
cd
Thomas ANKERSMIT est un artiste basé à Berlin et Amsterdam. Bien qu'actif dans les musiques a(vent)ureuses depuis le début des années 2000, peu de disques de son travail sont produits. Néanmoins, si mince soit sa discographie, elle ne se fait pas n'importe où. Jugez du peu : un split avec Jim O'Rourke sur Tochnit Aleph (avec ses premiers essais au synthétiseur modulaire analogique Serge, nous sommes en 2004), un solo sur Ash International (une division de Touch) ou encore sur Pan avec un travail amorcé avec Valerio Tricoli sur ces deux disques. Il fut en partie saxophoniste avant de se consacrer pleinement au synthétiseur modulaire analogique Serge depuis 2006. Sur ce nouvel essai, Thomas a profité d'une invitation dans les studios de musique électronique de CalArts à Los Angeles en 2011, pour travailler sur un synthé fraichement restauré. Une pièce unique riche compose le disque. Riche et rêche. Sèche. Fragmentée. Acousmatique. Futuriste. Dronique. Minimale. Un drone de fréquences qui s'effiloche sur un parterre aux sensations de traitement de bandes. Pour un retour aux fréquences pointilleuses, scintillantes en balancier vrillant. Pour s'échapper dans des ultra-basses au paysage sonore en résonances. Sa musicalité avait effectivement largement sa place sur le catalogue Touch. Comprendre cette enveloppe à laquelle l'étiquette anglaise s'attache depuis plusieurs décennies. Avec une couleur du très ambiant d'Oren Ambarchi au minimal drone de Phil Nibblock. Un très beau disque.
cyrille lanoë
bruno duplant / pedro chambel / fergus kelly
(winter pale) red sun
eh ?eh?76
distribution : autodistribution
cdr
unrepeatable quartet
edmonton 2012
eh ?eh?80
distribution : autodistribution
cdr
On reste dans le drone avec le trio DUPLANT, CHAMBEL, KELLY, pour une suite d'une quarantaine de minutes parue juste avant l'été, sur le label californien a priori affilié à Public Eyesore Records. Une électroacoustique vibrante, en fines strates rappelant le minimalisme de Perlonex. Une utilisation fine de l'électronique mêlée à l'orgue de Bruno DUPLANT, créant des reliefs arrondis, feutrés, statiques, résonnants. Ces paysages se cristallisent par moments, en vapeurs analogiques fuyantes. Des espaces cotonneux enveloppent une collaboration en triangle, sans contrefaçons, en appels, en écho, sur des variations stridentes parfois. Une excellente surprise à tous les étages, tant par le label que je ne connaissais point, que par ces artistes, que je découvre. Un disque qui aurait largement sa place dans notre rubrique Ring Modulations, dans notre édition papier. Kasper, la balle est dans ton camp. Un excellent disque. Une respiration parmi ces univers glacés avec le UNREPEATABLE QUARTET, sur le même label, et sorti juste après "(winter pale) red sun". Un quartet de cuivre et batteur, pour une cuisine à feu doux, à cuisson lente, où l'on retrouve Jack Wright, Ellwood Epps, Scott Munro et Chris Dadge, enregistré en novembre 2012. C'est que ça swingerait presque, sur une couche de souffles continus, de clapets aux ouvertures rapides, sur une ferraille sautillante de temps à autre. Une impro statique qui se tient, ni jazz, ni free. Et pas répétitif bien sur, mais un peu de tout ça à la fois. D'assez bonnes raisons qui me font apprécier la fraicheur de ce disque.
cyrille lanoë
the white spot
way out northwest
relative pitch recordsrpr 1006
distribution : metamkine
cd
On reste dans l'acoustique avec le trio THE WHITE SPOT, sur Relative Pitch Records (Etats-Unis), comprenant John Butcher aux saxophones tenor et soprano, Torsten Müller à la contrebasse et Dylan Van Der Schyff à la batterie. Au catalogue, on retrouve aussi des disques de Michel Doneda ou encore Jack Wright en duo avec...son fils. Voici donc posés les liens avec le disque précédent d'Unrepeatable Quartet (qui comprends donc Jack Wright). Ce disque n'est pas une nouveauté puisque sorti en 2012. Néanmoins il est arrivé dans ma boite aux lettres, et jusqu'à ce que j'écrive ces quelques mots,je l'écoutais persuadé que c'était une nouveauté. Ce disque a été enregistré à Seattle, le 16 juin 2008. Un vrai disque, avec neuf titres. Un format pop pour ce trio à qui on ne la fait pas. Neuf pastilles rafraichissantes, peut-être pas neuf ambiances non plus, mais déjà un large échantillon de ce que le trio a à raconter. Ça tricote pas mal, ça commence pourtant impro minimale, ça tricote les cordes, ça tricote les clés, tricote les peaux. Une vraie musique improvisée, vivante, qui lorgne vers le free, qui touche au rock par teintes discrètes (dans les basses surtout). Bon le jazz est pas loin, on ne va pas le cacher, et eux non plus comme sur "earlianum". John Butcher nous fait la totale, et étale ses différentes techniques, ces aigus qu'il joue si bien, en format free comme minimal. le temps d'un disque qui se laisse goûter (comme on dit dans le vin), en 2012 comme en 2014.
cyrille lanoë
evan parker / george lewis / joelle leandre / derek bailey
28 rue dunois juillet 1982
fou recordsfr06
distribution : metamkine
cd
Le 28 Rue Dunois fut, pendant une douzaine de saisons, un espace parisien consacré à la musique improvisée à la charnière des années 1970 et 80. Nous avons pu y découvrir quantité d'artistes improvisateurs, y vivre de multiples expériences dans ce lieu dont l'activité trouva plus tard une suite aux Instants Chavirés de Montreuil, deux endroits d'Ile de France où le preneur et amateur de sons Jean-Marc Foussat s'exprime depuis plus de trente années, en stéréo directe et magnétophone Revox pour ce disque. C'est le même Foussat qui fut à l'origine au DUNOIS du disque d'un groupe (de free-rock) essentiel : Massacre (Frith, Laswell, Maher). Ce quartet ne se produisit qu'une seule fois en concert, lors de ce temps qu'il nous est permis de retrouver ici. Cette rencontre de quatre personnalités essentielles de la vie musicale de la fin du siècle dernier apporte des informations techniques et esthétiques de fond pour quiconque découvrirait cette pratique de l'improvisation. C'est le temps de la maturité pour Derek BAILEY (guitare) et Evan PARKER (saxophones), entourés des jeunes virtuoses Joëlle LEANDRE (contrebasse) et George LEWIS (trombone). Maturité pour les premiers (ils sont anglais), impliqués dès le milieu des années 60 dans l'improvisation totale, se démarquant du free-jazz et apportant une dimension nouvelle à la musique européenne – dont la création d'un des premiers labels indépendants, Incus et l'organisation du festival Company week ; virtuosité et ouverture chez les deux autres (l'une française, l'autre américain), tout autant impliqués dans les musiques savantes, le théâtre musical ou l'électroacoustique que dans l'improvisation. Une musique et des artistes de référence qui fixe forcément l'image d'une époque ouverte et créative, mais qui ne prend pas une ride.
dominique répécaud ( dino )
peter kowald / daunik lazro / annick nozati
instants chavirés
fou recordsfr07
distribution : metamkine
cd
Avec le quartet réunissant Evan Parker, Derek Bailey, George Lewis et Joëlle Léandre en 1982, Fou Records, le label de Jean-Marc Foussat, propose une autre rencontre inédite qui a eu lieu en 2000, aux Instants Chavirés. Cette autre bande personnelle est l’enregistrement d’une performance unique avec Peter KOWALD à la contrebasse, Daunik LAZRO aux saxophones alto et baryton, et Annick NOZATI à la voix, quelques mois avant son décès. Ces musiciens avaient déjà tous collaboré les uns avec les autres, mais c’est au retour d’un concert en duo du contrebassiste et du saxophoniste que ce dernier ont décidé de donner une performance unique en compagnie d’une des plus célèbres chanteuses expérimentales françaises.
KOWALD, LAZRO et NOZATI ont le sens du drame, et ils en jouent, que ce soit en solo, en duo ou en trio. Chaque improvisation (six au total, d’environ dix minutes chacune) propose une musique lyrique, puissante, brute. L’improvisation était ici un cri, un long cri qui n’avait pas que des belles choses à raconter. Toute cette performance n’était pas qu’une succession de dialogues très énergiques, il y a aussi de somptueuses accalmies, mais qui se dirigent souvent vers un climax toujours plus intense. NOZATI traversait une période douloureuse à ce moment, et elle le fait ressentir, sa voix est tremblante, profonde, et dure. Et KOWALD comme LAZRO n’était pas présent pour calmer cette dernière ; au contraire, ils jouaient également le jeu de NOZATI. Un jeu dramatique, lyrique, caverneux, et merveilleux.
C’est difficile de ne pas penser aux derniers enregistrements de Coltrane ; quand on entend ce trio, on a l’impression d’entendre un enjeu primordial, un cri qui vient du plus profond de l’humanité, un cri de rage face à la mort, un cri primitif et universel. C’est émouvant, beau et tendu. Quand une chanteuse peut émouvoir simplement en claquant des mains, je vous laisse imaginer la puissance que peut avoir le soutien rauque et massif de LAZRO. Très beau disque.
julien héraud
teletopa
tokyo 1972
split recordssplit23
distribution : metamkine
lp/cd
On ouvre les archives. Pour notre plus grand bonheur bien sur. Un bonheur de découvrir l'histoire, ou plutôt ce qui a fait l'histoire. L'histoire des musiques électroacoustiques. Une électroacoustique des possibles, de tous les possibles. Avec les moyens de l'époque, avec les idées (larges) de l'époque. Un champ des possibles ancré dans les musiques contemporaines, en cette fin des années 60, début des années 70. Une expérimentation des possibles, ouverte sur un questionnement autour de la composition. Autour de l'improvisation. Une remise en question de l'espace, remise en question de "l'esprit groupe", tirant vers l'ensemble, avec les idées de l'époque comme je disais plus haut. Les Australiens de TELETOPA Geoffray Collins, Peter Evans, David Ahern et Roger Frampton ont su faire le grand écart entre leur lointain pays et le vieux continent. Le quatuor s'inscrit dans ces mouvements (un peu dada parfois) européens immergés dans la création de nouveaux espaces sonores comme chez AMM, Scratch Orchestra, MEV ou encore le Gruppo Di Improvvisazione Nuova Consonanza. Les allers-retours ponctués de participations aux cours de Cornelius Cardew pour David Ahern (que l'on qualifie de membre fondateur de TELETOPA) vont considérablement influer sur les pratiques de son groupe. Il participa aussi à des performances comme celle du "String Trio" de La Monte Young. Dans un esprit rock, la vie du groupe fut assez mouvementée, avec des luttes d'influence notamment. Ce qui causa d'ailleurs l'arrêt définitif de TELETOPA en cette fin d'année 1972. 1972, comme le titre de ce double CD digipack ou triple vinyle !, "Tokyo 1972". Deux longues pièces telles un aboutissement d'environ trois années de pratiques et d'expérimentations, enregistrées au NHK de Tokyo en septembre 1972. TELETOPA, et ce pourquoi je parlais de musique contemporaine en préambule, a toujours bénéficié du soutien des institutions culturelles. Un vrai courage que de vouloir marquer de leur empreinte l'histoire des musiques, avec un vrai engagement et la remise en cause de représentations publiques. TELETOPA était capable de jouer, et de jouer fort si possible, de longues performances comme ici, où il invitait le public à déambuler par exemple. C'est par ce type de pratiques qu'ils ont dû entre autres, attirer l'attention du premier séminaire tenu en Australie sur les musiques électroniques ("The State of The Art of Electronic Music In Australia"). TELETOPA a voulu mettre l'accent sur l'utilisation d'objets du quotidien amplifiés, à l'aide de micro contacts. Dans un esprit proche d'Alvin Curran ou David Tudor. Une bouffée d'oxygène qui, il est à peu près sûr, a marqué les mouvements de l' "instant composing", de tout un pan des pratiques que l'on connait mieux maintenant, AMM en tête. Un souvenir qui semble intact, à en lire les notes de pochette, d'une musique profondément moderne. Un bel objet à découvrir vite.
cyrille lanoë
thomas barrière
primaire
thödoltho20
cd
Premier CD (maintenant aussi sur K7 www.importantrecords.com/cassauna) de Guitare solo de Thomas Barrière.
« No loops, no overdubs », précise-t-il sur la pochette.
Comme une fierté d’avoir joué cela d’une seule prise, en direct.
Une dextérité à afficher, sans doute issue de son passé de musicien de cirque (chez Trotolla) où l’on imagine mal un acrobate avouer son triple flip avec l’aide d’un harnais et longe, découpé dans trois moments différents du spectacle ou pour lequel il faudrait revenir 3 soirs pour apprécier la figure triple dans son intégralité.
Le guitariste joue avec ses 2 mains.
2 mains, alors évidemment : 2 manches. Ce qui lui permet de jouer simultanément sur une douze cordes et un six cordes – guitare Epiphone avec micros Seymour duncan, et donner l’illusion d’un 4 mains. Voire d’un véritable duo !
Si l’on ajoute les deux pieds qui agissent sur des pédales de volume ou de distorsion vers 2 amplis, cela donne un instrument guitare assez élargi.
Et en plus avec sa voix chantant dans le manche de la guitare elle même !!! Cela fait pas mal d’accès à l’instrument.
Enregistré dans une chapelle qui ne manque pas de réverbération, dès le premier morceau, on sent le désir et plaisir de faire « durer » les sons, parfois même de travailler sur le continuum, dans cet album à la logique musicale souvent « contemplative ». L’électricité, puis la pédale disto et le larsen avaient déjà bien amélioré la situation du « sustain » depuis la guitare espagnole de Ségovia, avec ses tremolos ou rasgueados. Bien qu’il joue aussi sur ce disque du hautbois marocain, il ne pratique pas le souffle continu. D’ailleurs est-ce vraiment utile pour la guitare ? (Quoique Pascal Battus le fera bien un jour dans les micros de sa guitare J). C’est un archet – électronique ou en crin de cheval, des baguettes chinoises qui lui donnent ce possible flux.
Une question me travaille : est-ce parce qu’il a enregistré dans une chapelle à Béziers ville si friande d’opérette, qu’il s’est mis à chanter dans la guitare ? Ou bien, est-ce en essayant de jouer avec les dents comme Hendrix, une réaction vocale de douleur en se coinçant la langue entre les cordes ?
jean-christophe camps