simon james phillips
chair
room40rm458
distribution : metamkine
lp
rafael anton irisarri
the unintentional sea
room40rm455
distribution : metamkine
lp
Cette fois nous partons en Australie prendre des nouvelles du label Room40, à l'honneur indirectement dans notre revue papier en cours, avec l'interview de Robin Fox, habitué des lieux. Si l'on parle de Robin Fox, on pense aussi à Anthony Pateras, pianiste et compère régulier de Robin. SIMON JAMES PHILLIPS est donc pianiste, d'origine australienne et vivant à Berlin. Il a enregistré en église ce vinyle du nom de "Chair". La chaise fait partie du pianiste, jouant assis dans notre vision occidentale de la chose. Et l'on revient à nouveau au piano, qui m'a accroché ou pas ces derniers temps si vous suivez les chroniques précédentes (notamment Marihiko Hara). Ce vinyle commence bien avec ses notes binaires répétitives sur les deux premières plages. Superpositions qui provoquent une légère transe appréciable. Pour moi les pièces centrales me posent un problème car il ne s'y passe pas grand chose. On comprend bien la volonté d'épurer les ambiances, dans une volonté de réductionnisme. Mais trop souvent cela ne fonctionne pas chez moi. Néanmoins des sursauts martelées comme sur la très belle quatrième pièce, m'interpellent. Amalgame de notes ténues sur d'autres moins affirmatives, plus en relief, plus courtes. Cinématographiques forcément. Et là on comprend mieux son univers. Si différent d'une pièce à l'autre. Ce qui me perturbe aussi. Les amateurs de sensations auditives relatives à un enregistrement in situ en église seront déçus. On en perçoit pas les sensations, et il faut le lire sur des critiques de collègues glanées sur le net notamment chez Monsieur Délire, plutôt emballé au passage, pour le savoir. Je le serai moins, emballé, car je reste dubitatif quant à son univers, n'allant pas très loin dans ses propositions et revenant souvent au point de départ certes appréciable, mais insuffisant pour créer des étincelles, ce que devrait provoquer un tel instrument à mon goût. Ceux d'Anthony Pateras ou encore John Tilbury sont évidemment d'une autre catégorie. Je sais malgré tout reconnaitre le parti pris de l'artiste, et je reconnais aussi l'exercice d'un solo. Juste j'aurais voulu que ça aille un peu plus loin mais ça, vous l'aurez compris. On change d'univers. Toujours un solo. Celui de RAFAEL ANTON IRISARRI, compositeur américain. Créateur de soundscapes très electronica, j'apprends qu'il a notamment sorti des disques chez Arbouse Recordings, un des labels français spécialistes de la chose. Et qui me ramène alors aussi au disque de Machinefabriek chroniqué par mes soins en janvier dans ces mêmes pages. Là il se passe quelque chose. Les premières nappes semblent gentilles, sauf que l'apparition d'une guitare proche parfois de Final (projet de Justin Broadrick) vient propulser ces paysages sonores ciselés dans la masse froide et vertigineuse, dans une atmosphère prenante. Une ambiant corsée comme un bon café. Paradoxal non ? Pas tant que ça. Cela résume assez bien ce que l'on écoute, une ambiant gonflée, proéminente, volubile. Qui a du corps et qui cultive ce paradoxe ambiant/masse musclée de très belle manière. Ce sur la très grosse première partie du disque. L'enthousiasme redescend un tant soit peu sur la deuxième, à mon grand dam. Néanmoins j'aime beaucoup cette masse sonore dans le volume et dans sa kynésique. Cette propension à se mouvoir d'une bien belle délicatesse, d'une justesse remarquable sur le superbe dernier titre "Lesser Than The Sum Of Its Parts". Encore un paradoxe n'est-ce pas ? Je suis bien évidemment très agréablement surpris par ce disque.
cyrille lanoë
henry vega
stream machines
arteksoundsart002
cd
HENRY VEGA est un compositeur new-yorkais vivant en Europe, notamment aux Pays Bas où il a monté son trio The Electronic Hammer, et en Irlande, à Belfast. Artiste que je découvre. L'articulation du disque est originale dans le sens où il apparait comme un catalogue de tous ses projets. On y retrouve aux côtés de The Electronic Hammer, le trio The Roentgen Connection pour une pièce en deux actes très médiévale, le Ragazze String Quartet et Barbara Lüneberg. Une vision de la musique moderne, aux parements contemporains, aux électroniques raffinées, qui surprend à chaque nouveau projet. Que ce soit à l'aide de clavecins et de vielles en ouverture, aux cordes en tension du Ragazze String Quartet, les structures ont toujours en ligne de mire la musique répétitive et contemporaine. C'est sans grande surprise que je le trouve travailler avec Yannis Kiriakides pour le Roentgen Connection, tant sa musicalité m'y a fait penser dès les premières écoutes, les premières notes. Car oui, il s'agit de musique écrite, par HENRY VEGA bien sur. Qui me renvoie parfois à la b.o. d'Anthony Pateras, "Errors of the human body" (Editions Mego). Des espaces froids, à la Alva Noto de temps à autre. Avec une mention spéciale au Ragazze String Quartet et son triptyque impérial, aux cordes en ébullition, dans une production de courte harmonies, dont les électroniques se font parfois l'écho, un beau va-et-vient entre l'acoustique et le digital. Un peu à la Joseph Byrd pour la répétition. Que dire aussi du minimalisme du titre "Automata Angels", du Electronic Hammer. Une pièce sur papier millimétré, pour ordinateur, électroniques et percussions, assez excitante. Le violon électronique vient clore le chapitre dans une tension qui n'a jamais cessé sur les différents registres, dans une version ici plus lancinante. Je vous conseille vivement de découvrir cet artiste et notamment son duo avec la poétesse Anat Spiegel et leur proposition "Worm songs" sur ARTEKsounds, label dirigé par HENRY VEGA. Un grand moment de quasi virtuosité.
cyrille lanoë
paulo j ferreira lopes
feeze
atrito-afeitoatrito-afeito 001
distribution : autodistribution
cd
PAULO J FERREIRA LOPES est un batteur portugais basé à Montréal. Il vient de fonder avec Karoline Leblanc le label Atrito-afeito. La première réalisation est un cd d'un de ses solo. Un essai daté de 2000 sur synthé analogique, bandes, effets et batterie, naviguant dans les sphères des musiques ambiant, vintage et forcément Kosmiche Muziek. Un peu à la manière de ce que l'on a pu entendre sur les K7 Kommanull d'Enregistrement Temporaire ou Häk. Le spectre des musiques électroniques est quant à lui bien présent et me permet de faire le parallèle avec Brou de Noix entre autres. Mais aussi pourquoi pas, avec celui des soundscapes de Rafael Anton Irisarri. Sachant aussi improviser, il n'en est pourtant pas question ici. La batterie quant à elle n'est présente que sur l'unique morceau éponyme, une forme courte de krautrock répétitif réussi. Il ouvre des espaces cotonneux, rassurants, sur la pièce centrale d'un gros quart d'heure "Transeunt", une ritournelle minimale toute en lègéreté, proche de productions allemandes du label Kompakt, plutôt affilié à la techno minimale avec quelques excursions dans les musiques ambiant. Un label d'ailleurs référence à l'époque de l'enresgitrement de ce "Feeze". 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
l'etau
choses clandestines
bloc thyristorsbloc thyristors vinyles 0140/50/60/70
distribution : metamkine
lp
Une sortie Bloc Thyristors est toujours un évènement en soi. Avec son lot de surprises, d'objets plus que soignés, de rencontres amicalement musicales. Thème majeur du catalogue, la rencontre prend tout son sens, ses sens. Cette généreuse velléité à offrir des instants qui vont au delà du simple musical. Et encore une fois, on y est dans le thème. On est dedans. On est plongé dans ces improvisations jazzy, déjà orchestrées au sein de Binôme et Brigantin. De Binôme, on en retient la clarinette de Michel Pilz (ici présent), de Brigantin les honneurs remis à l'improvisation européenne avec les frêres Bauer et Barry Guy. Scène à nouveau adoubée par la présence de piliers de celle-ci, Keith Tippet et Paul Rogers, aux côtés des rèves réalisés par Jean-Noël Cognard, initiateur avec Philippe Renaud (de la revue Improjazz) de ce projet. Alors oui, peut-être qu'il n'a pas entièrement tort Jean-Noël lorsqu'il m'écrit "Tu verras Cyrille, c'est pas forcément ta came, mais je tenais à t'envoyer ce disque". Pas peu fier le Jean-Noël. Il peut l'être. Il est heureux de provoquer ces moments, son humaine générosité se répand sur tous ses projets musicaux, nouée au sacro-saint du sonore momentanément beau. L'ETAU s'est resserré sur le quartet pour en extraire une matière naissant du labeur, du travail dans le vrai sens du terme. On y va dans le sens, parfois on répare dans le sens ce squelette de l'impro européenne, comme sur Projections de la scène, en trio sans Paul Rogers. Mais le sens de quoi ? Pas ma came, pas ma came, oui peut-être et alors ! Jean-Noël, tu détiens cette modestie, arrêtons nous sur le titre du coffret rose (après le jaune de Brigantin), Choses clandestines. "Choses", concept assez subjectif pouvant qualifier ce truc là qui s'passe, ce bidul. Mais justement Jean-Noël, cette modestie se transforme en grande qualité. Qualité dans le sens, il est toujours là lui hein le sens, on se suprend à aimer ces instants, à entendre ce qu'on n'aurait peut-être pas l'habitude d'entendre. Entendre le sens de tout ça. Pas ma came, pas came... Tu peux continuer à l'envoyer cette came. Le manque ne se génère pas, il se crée là, sur place. Entre nos oreilles, dans notre esprit. Dans vos esprits de vous quatre là à jouer, à donner, à offrir des instants uniques. Qu'ils soient chavirés sur le côté blanc de la "chose" (comprendre deux vinyles blancs consacrés à un enregistrement en public à Montreuil), ou noirs du côté de Châtenay-Malabry. La matière des choses en un sens. En d'autres choses, Jean-Noël Cognard joue vite. Plus vite que d'habitude je trouve. Des coups secs, plus secs sur les cymbales, sur des timbres tendus à sec. La clarinette aussi joue vite bien souvent. Et là, l'"Intrigue devient plus sombre". Pas tant que ça finalement. Car le piano (on en reparle encore du piano n'est-ce pas !) calme le jeu. Accompagne ces "Choses clandestines" d'un pas assuré mais plus lent. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il tient le jeu mais presque. Seul instrumentiste à détenir deux beaux soli sur ces quatres vinyles. Plus ça va et plus on est dans le free, souvent plus que dans l'improvisation. L'objectif reste là, le partage danse le ton, le ton du rythme, très rythmiques ces impros. La contrebasse de Paul se joue bien de l'électricité avec son acoustique. Ce genre de contradictions que j'affectionne. La deuxième partie du disque, la blanche des Instants Chavirés de Montreuil, prend son temps. Deux pièces. Une par disque. Ce noir et ce blanc, tiens donc, me rappelle soudainement les notes d'une partition. Non pas qu'il s'agisse bien évidemment de musique écrite. Les noirs seraient les notes des parties les plus courtes à Châtenay-Malabry, les blanches les plus longues à Montreuil. On y entend même un joli pied de nez à la musique répétitive sur "Une enseigne lumineuse faisant la réclame d'une revue musicale", un autre aussi beaucoup plus prégnant, au cabaret, au music-hall, comme sur la fin de sa première partie. Sur la deuxième, le quartet se joue de ces ambiances feutrées pour se diriger vers une impro musclée, physique. Avec pour guide provocateur Michel Pilz. Qui pousse ses camarades dans des séquences jazzy sautillantes, surtout chez Jean-Noël et Keith. Elles aussi très musclées, parfois viscérales. Et le quartet n'en reste pas là, et prend une nouvelle fois le temps de nous proposer les déstructurations de ces séquences, dans une dynamique free "à l'ancienne". Un savoureux et détonnant mariage d'une contrebasse qui ronronne, d'un piano "cabaret", d'une batterie toujours prête à en découdre. Et l'on termine l'escapade avec ce "Plancher authentique permettant de bien entendre les pas". Ce fin plancher laisse surtout échapper des notes suspendues, dans un démarrage au tempo ralenti. Ce fin plancher filtre parfois des moments chaloupés, sur des structures galopantes. Paul Rogers se faisant plus bavard dans un propos minimaliste parfois proche de structures rock comme celles du groupe écossais Ganger, en invitant en son temps (le milieu des années 90) Caroline Kraabel notamment. Ce plancher est soudain transpercé de toute part par une transe sur fond de maracas et autres objets ajoutant un côté psyché à la chose. Mais c'est de courte durée car ce n'était pas sans compter encore une fois, sur le souffle (et le public ne s'y trompe pas) acéré de Michel, sur le piano épileptique de Keith, les rythmiques effrénées de Jean-Noël, l'archet de Paul jouant le rôle d'arbitre. La dernière partie de cette pièce et donc du disque en sa globalité, se promène à nouveau dans les musiques répétitives. Le piano regroupant ses camarades autour d'un jazz très coltranien. Flirtant avec le mélancolique dans un second degré très humoristique. Donc finalement oui, ce n'est peut-être pas forcément mon truc, n'empêche qu'une nouvelle fois cette recontre a le don de vous emmener, de vous faire aimer ce que vous n'entendez peut-être pas de cette oreille sur certains disques du genre. Un peu à la manière du label FMP par exemple. Et rien que pour ça c'est déjà un grand disque. Rien que pour ces moments de "Choses clandestines" à souhait. Vous pourrez lire les réactions à ce coffret de Philippe Robert dans notre numéro papier 99 prévu d'être publié en mars prochain.
cyrille lanoë
compilation
kassidat : raw 45s from morocco
dust to digitaldt-32
distribution : metamkine
lp/cd
Moi qui me passionne depuis quelques années pour les musiques folkloriques et primitives, je ne peux qu'être ravi de découvrir les sorties Dust To Digital, qui aux côtés de Mississipi Records, Sublime Frequencies ou Awesome Tapes from Africa, fait vivre les musiques populaires d'hier et d'aujourd'hui. Et nous permet, il faut l'avouer pour ma part, de faire le point sur la géopolitique mondiale par le biais de la culture des peuples. Fascinant donc à plusieurs lectures. Evidemment on découvre les dessous de ces musiques populaires, on en apprend les codes, les instruments, les rites.
Point de départ ici pour cette thématique plutôt courte (environ 35 minutes pour 6 titres), comparée aux coffrets ou livres/cd auxquels nous a habitué le label ; le dialecte, dans sa forme poétique et sous le terme Kassidat. Langue du peuple berbère, qui préfère se faire appeler les Imazighem, berbère voulant dire en grec ancien "barbare". Malgré tout, l'on découvre presque autant de styles qu'il y a de titres. Sous la bannière du Chaabi, la musique de rue popularisée par Houcine Slaoui dans les années 40 en étant édité sur Pathé par exemple. Ce "Raw 45s from Morocco" couvre la période des années 60 à presque nos jours, celle d'après l'indépendance de 1956. Epoque à partir de laquelle de nombreux labels sont nés, principalement à Casablanca, tels que Koutoubiaphone ou Boussiphone. En publiant bien sur des... 45 tours. Parmi les autres peuples à l'honneur, découvrons les Rwais, un peuple du sud-ouest marocain. Autour des instruments lotar (petit banjo) et ribab (instrument en bois à une corde), autour du maitre de cérémonie, nommé Cheikh, dont le plus connu est Hadj Belaid, qui a accompagné le Sultan Mohamed à l'exposition coloniale de Paris en 1931. Les Rwais organisaient de longues performances incluant l'improvisation, la poèsie chantée, la comédie, la prise de parole et de la musique pour faire danser. Le deuxième titre de la compilation est consacré au Rais Haj Omar Wahrouch, dans un jeu d'appels et de réponses avec un groupe de danseuses, très gnawa dans l'esprit. L'envers du décor concerne aussi les emprisonnements dûs aux propos politiquement trop engagés, dont a pu être victime Haj Omar Wahrouch. Tant, entre autres, les souffrances des immigrés nourissent leurs paroles. L'influence du Raï voisin est bien palpable. Notamment sur le morceau d'Abdellah El Magana, de la ville d'Oujda. Un titre presque hip hop hypnotique au passage. Le gunbri, autour du luth et affilié au Gnawa, s'entend sur le superbe titre "Makh-Makh". Une vraie complainte ondulante de toute beauté et terriblement moderne, jouée par Jmimi, Lekbir et Fatma Anounya. Du label Boussiphone je retiendrai principalement le morceau "Ha howa Ha howa" de Bennasser Oukhouya et Cheikha Hadda Ouakki, par l'instrumentation psychédélique au violon et à la percussion. Le tout finit en transe avec le Cheikh Mohammed Riffi sur Casaphone. Tout y est = rituel, folklore et engagement. Et il est vrai aussi que les notes de pochettes nous aident à en savoir un peu plus sur ces musiques que l'on croit connaitre, mais qui sont bien plus que du folklore. La compilation a été organisée par David Murray, agitateur d'un blog autour du 78 tours. S'étant fait ici aider entre autres par Tim Abdellah, dont je vous invite à découvrir son blog = http://moroccantapestash.blogspot.fr/
cyrille lanoë