hans joachim irmler / jaki liebezeit
klangbadklangbad 65
cd
J'avais, je l'avoue, perdu la trace de mon idole de jeunesse, Jaki LIEBEZEIT, dont il convient encore et toujours de souligner l'importance dans l'évolution de la musique de la fin de XXème siècle, avec le groupe allemand Can, et particulièrement sur cette période magique de 1968 à 1974 (disques et concerts). Ce disque, qui l'associe à l'organiste Hans Joachim IRMLER, membre du non moins légendaire groupe Faust, nous replonge dans des sonorités anciennes (un orgue souvent saturé qui peut nous rappeler celui de Mike Ratledge dans Soft Machine) mais témoigne d'une vitalité toujours aussi plaisante à entendre. Bon moment de transe. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
ensemble progressivo
hesitancy
creative sourcescs 266
distribution : metamkine
cd
Coordonné par Ricardo Tejero (anches), l'ENSEMBLE PROGRESSIVO réunit des musiciens issus de différentes cultures. Sur cet enregistrement de 2013, nous pouvons entendre Alison Blunt au violon, Adrian Northover au saxophone, Marcio Mattos au violoncelle et électronique ainsi que Roberto Sassi à la guitare électrique. Comme son nom l'indique, ce groupe est concerné par la progression en matière musicale, en opposition directe aux conceptions minimalistes et répétitives défendues par ailleurs et par d'autres. Composition et improvisation sont les ingrédients de cette musique de bonne tenue. L'esthétique n'est pas figée, bien au contraire : selon les pièces, les échos de diverses tendances développées lors de ces cinquante dernières années, souvent mélangées affleurent (du free jazz à la pédale wah-wah, via Berio et Globokar..). On perçoit l'envie d'en découdre, particulièrement sur la pièce numéro 5, belle suite de 20 minutes qui emporte l'auditeur loin de ses à priori. Ce groupe joue bien, et mérite toute notre attention. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
edward graham lewis
all under
editions megoemego 194
distribution : metamkine
cd
Musique électronique de facture traditionnelle (boucles, développement linéaire...) qui me laisse relativement froid sur les deux premières plages. La troisième, The eel wheeled, apporte une dimension dramatique plutôt intéressante, la voix dessinant, à la fois par la dimension narrative et les différentes couleurs utilisées (traitements efficaces) une belle tension poétique. Phénomène que l'on retrouve sur la quatrième, No show Godot, qui après une plutôt longuette introduction, nous offre une radicalité rock avec tout ce qu'il faut, là où il le faut, nous rappelant le Berlin des années 80. Enregistré entre 2003 et 2013 en Suède, par le bassiste du légendaire et efficace groupe Wire, qui reprend pour l'occasion son premier prénom, Edward. Observons que cette écoute peut être utilement complètée par celle de All Over réalisée pour le même label en 2014, et que les deux pochettes rappellent très fortement l'esthétique de...Wire, justement. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
the alliteration
creative sourcescs 265
distribution : metamkine
cd
Ces enregistrements de 2011 nous permettent d’entendre des compositions collectives de Nikolaus Neuser, Manuel Miethe, Floros Floridis, Gerhard Gschlössl, Antonis Anissegos, Akira Ando et Maurice de Martin. Musique improvisée d'un ensemble engagé dans une tradition quelque peu datée mais toujours réjouissante, qui nous permet de retrouver quelques beaux artistes plutôt rares, comme Floros Floridis. 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
francesco giomi
con brio-musica acusmatica
die schachtelds 12
distribution : metamkine
cd
Pièces enregistrées entre 1995 et 2011. De quoi se faire une idée du travail de FRANCESCO GIOMI, compositeur italien particulièrement préoccupé par le recyclage de matériaux ou musiques pré-existantes ou la relation entre ces mêmes matériaux et sa propre pratique (électronique) et esthétique. Pour exemple ici, Flamenco, pièce à priori très éloignée de l’idiome traditionnel, mais qui propose une réelle tension lors de l'exposition de beaux arpèges électroniques : la composition repose sur une énergie suffisante pour que l'hommage aux grands guitaristes portés par le duende soit acceptable. Cette compilation permet de mettre en évidence la capacité de l'artiste à s'exprimer de façon très libre dans des contextes très différents, de la poésie sonore (relation avec la voix) au jazz...ethnique (relation au saxophone). 
 
 
 
 
 
dominique répécaud ( dino )
rank ensemble
papilio noblei
leo recordslr 703
distribution : orkhêstra
cd
Le commentaire de cet enregistrement est assez évident à mettre en œuvre, parce que son intitulé en fournit une bonne piste. En effet, le contenu de ce CD, et bien que les différentes pièces du recueil n’aient pas été enregistrées au même moment, peut facilement évoquer le vol des papillons. Que ce soit celui que l’on trouve en Asie du Sud-Est ou en Australie, tel que le papilio noblei ou celui des autres espèces. Un vol apparemment erratique, léger, délicat… C’est une formation basée en Finlande – trois des musiciens en sont originaires, le quatrième membre, Elena Kakaliagou, voix et cor d’harmonie, étant mi-grec, mi-autrichien – qui le traduit en sons. Collectivement et individuellement, les quatre musiciens du RANK ENSEMBLE – formation créée vers 2009, dévolue tout aussi bien aux musiques contemporaines écrites qu’à l’improvisation à travers les œuvres de John Cage, Gert Prins ou David Toop, par exemple – participent, avec leurs différents instruments à ce ballet sonore : gracilité des interventions de la harpe (Saara Rautio), sons majestueux du cor, un jeu de guitare (Solmund Nystabakk) traduisant, avec l’appui de l’électronique et de claviers de James Andean, le tourbillon des battements d’ailes, le vol circulaire des papillons… Bref des combinaisons sonores délicates, inspirées, habiles, finalement assez éloignées de l’idée d’un vol de papillons déclenchant des tornades.
pierre durr
ghedalia tazartes
la.
dbut interambiancedbut 007
distribution : metamkine
lp
Un nouveau disque de Ghédalia TAZARTES qui se déguste et se découvre comme un voyage. Celui-ci est fait à Oslo. Et est reporté ici par un label local, d-But Interambience. Comme souvent chez Ghédalia, il garde ce don inimitable et poétique de raconter des histoires. Notamment sur les six premières pièces de la face A, habilement intitulées « 1-6 Oslo-Solo », dans un quasi miroir graphique, où il laisse parler un peu plus les textures sonores que sur ses derniers disques. Une épuration minimale, réduite à des instruments à vent et à cordes (souvent la guitare, comme dans cet avant dernier « boogie »), la plupart du temps, un seul instrument à la fois ou presque. La voix s'installe progressivement jusqu'à être au centre de la deuxième face, éponyme. Qui commence d'ailleurs par un raga en ambiances tibétaines et chamanes, se finissant dans un « om » qui renforce notre impression. Un peu plus loin c'est la langue française surréaliste qui chante et raconte. Entre temps on se serait cru sur une compilation d'Alan Lomax, et ces prises de son in-situ de musiques populaires. Ce qui me ramène à dire que ce qu'il y a de magique chez Ghédalia, c'est qu'on a l’impression qu'il joue là, à côté de nous. Bien souvent, Ghédalia c'est l'art de la chaleur humaine, une nouvelle fois délicieusement dégustée ici et en vinyle svp !
cyrille lanoë
et/ou
en chute libre
oraloral cd60
distribution : metamkine
cd
Je ne pense pas trop m'avancer en disant qu'une formule en duo platiniste-batteur est plutôt rare. Encore plus lorsqu'il est joué comme ici, « En chute libre ». Les deux acteurs sont Martin Tetreault aux platines (que je ré-entend avec grand plaisir) et Michel Langevin aux percussions et à la batterie. Martin a trouvé là son pendant pour le second degré, subtil et humoristique. Il se pose presque ici en arrangeur, jetant des débris métalliques tantôt minimaux, tantôt crispants, sur des rythmiques lourdes, parfois presque metal comme ce morceau avec double pédale de grosse caisse svp, « Duo 02 ». Le jeu de Michel Langevin, que je ne connaissais pas, se situe sur l’insistance des rythmiques basiques qui deviendraient presque parfois psyché ou jazzy. Pendant ce temps là, Martin osculte et projette des nappes granuleuses répétitives vrillées, très souvent savamment trouvées et exploitées jusqu'à la moelle. Là ou ce disque me surprend, est que je ne m'attendais pas à des sonorités aussi massives que subtiles. Huit plages aux espaces très marqués et aux contours arasés. Saillant et amical à la fois. Tous ces ingrédients amènent à une recette personnelle réussie. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
karoline leblanc et paulo j ferreira lopes
hypnagogic cartography 1
atrito-afeitoatrito-afeito 002
distribution : autodistribution
cd
Après un solo remarqué, Paulo J Ferreira LOPES s'accompagne ici de Karoline LEBLANC pour un duo aux sonorités « planantes ». Ici on s'affaire aux ambiances, aux textures, là ou en solo, Paulo s'entretenait plus au jeu. Le terme « hypnagogic » a été journalistiquement inventé par David Keenan (ah ces journalistes anglais!) en 2009 pour désigner une pop synthétiquement folk et presque krautrock futuriste (invention pour remplir des pages du Wire ou réel nouveau courant ? je penche pour la première impression, sans sous estimer les groupes associés bien évidemment, dont Sun Araw, Ariel Pink...). Bref on est pas là pour parler de ça mais vous aurez bien compris le lien avec le titre de ce disque dont on parle. On est bien ici dans le planant, lien avec cette « scène ». Quatre pièces au synthétiseur, mêlant nappes, signaux et strates ondulantes à quelques fréquences à bon escient. Trois courtes, et une dernière longue pièce majeure de presque 27 minutes. Du minimalisme ambiant que l'on retrouve parfois chez Experimental Audio Research. Une place au silence est souvent laissée, de vraies respirations à ces ambiances toutes aussi exploratrices que futuristes. J'aime bien cette ambiguïté où l'on pourrait se croire à la fois chez Sonic Boom et Thomas Lehn (en moins frénétique). Sonic Boom, Experimental Audio Research, des artistes entre la musique pop (ou un certain attrait ou regard pour celle-ci) et les expérimentations stagnantes, finalement ne serait-ce pas aussi de l' « hypnagogic pop » ? Un bien bel essai néanmoins, aussi discret que remarquable. Presque contemporain.
cyrille lanoë
brute force
s/t
va fongoolvafcd010
distribution : metamkine
cd
Un trio norvégien. Une esthétique (pochette signée Lasse Marhaug) dans le visuel comme dans le sonore à la Dead C voire La Morte Young. Formule rock guitare/basse/batterie pour une pièce de 28 minutes environ. Pas le temps. Faut aller vite. Vite et free. 4 minutes 33. La première tempête vient de passer. On se pose. On réorganise l'espace. Puis boom ! Ça repart. Ça bastonne les cordes, pilonne la caisse claire, envoie valser les cymbales. Un deuxième orage qui s'achève sur une free-rock rageur tout en révolte, tout en lutte. Un combat de larsens tente de réparer le tout, en vain. Ils ne font que raviver les flammes dans un noise tout-terrain de haute tenue. Une superbe alternative, en mode plus free, à Noxagt. BRUTE FORCE fait sa révolution et la fait bien. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
jim sangtae / tetuzi akyama / hong chulki
dotolim live series_01
dotolimdotolim003
distribution : metamkine
cd
Le Dotolim est un lieu de performance musicale où sont données tous les deux mois, les soirées dotolim live series. Accompagnés de Joe Foster, HONG CHULKI (platines), TETUZI AKYAMA (guitare) et JIM SANGTAE (disques durs) ont pu pratiquer la veille du concert dans ce même lieu. Lors de l'enregistrement le lendemain, en public, ne restait plus que le trio. Le terme « pratique » colle bien au langage des trois musiciens. Ils pratiquent le microcosme sonore, comme si l'on se retrouvait au milieu d'insectes. Dans ce lieu qui a du être influencé par la scène tokyoite (on pense au lieu Off Site) et donc entre autres par TETUZI AKYAMA, directement lié avec Toshimaru Nakamura à Off Site. Évidemment on y retrouve les mêmes ambiances, proches du silence, de la déstructuration totale, en respectant presque une philosophie et une manière d'appréhender la matière créée sur place. Ça inonde avec parcimonie de sine-waves, s'entremêlant à quelques drones de guitare et hachoirs métalliques sûrement issus de la platine de HONG CHULKI. Une antimusique qui grince, scintille, invite au voyage. Une pièce qui en dit long sur cette fabuleuse pratique du presque rien. J'entendais du bien de HONG CHULKI depuis un bon moment, sa participation ici ne le démentira point. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
rodolphe alexis/ stephane rives
winds doors poplars
herbal internationalconcrete 1401
distribution : metamkine
cd
Un projet initié par Rodolphe ALEXIS autour de field recordings effectués durant une année, et collectés afin de devenir un projet qu'ils définissent eux-mêmes comme syntaxique. Afin de mobiliser l'écoute. Cinq pièces, quatre lieux en France, Hongrie et Espagne. Des lieux industriels (une usine française), mécaniques (« Autorail », ligne de chemin de fer hongroise), la maison du poète (« La casa del Poeta », en Espagne), et la forêt hongroise. Plusieurs portes d'entrées (allusion au titre « Warehouse Doors ») à l'univers des deux compositeurs. Ça crisse, ça rebondit le métallique, ça bourdonne même. Une prise de son superbe où vient se poser le saxophone de Stéphane RIVES. Dans la retenue du souffle court. Une électroacoustique fluide circulaire. Où chaque son a sa propre place dans une coordination sonore remarquable. Cette première pièce nous dresse donc le tableau des ces 4 pastilles sonores agréables. Ça y est, on prend le train, on y est. On serait surtout dans une musique de film. Le saxophone vient imiter le signal sonore annonçant le départ du train, dans une confusion intrigante au point de vue du timbre bien sur. Les essieux circulent comme les sons aigus du saxophone. Un travail très intéressant sur ces mimétismes sonores entre le mécanique fixé et le souffle soprano de Stéphane. Les prises de sons me font penser à Bernhard Günter (d'ailleurs dans les remerciements du livret) et Jean François Laporte. Ou encore Dave Philipps avec cette prise en forêt hongroise, dans une interprétation presque traditionnelle de percussions aux timbres indiens. Juste après la respiration venteuse de la maison du poète en Espagne. Si j'ai été largement enthousiasmé par le disque de Nick Hennies (Work, Quakebasket records), ce disque me touche tout autant, même si dans un registre différent. Encore que...
cyrille lanoë
werner durand
hemispheres
blumeblume001
distribution : metamkine
lp
Deux pièces pour saxophone datant d'une bonne quinzaine d'années par Werner DURAND. Le titre nous met sur la voie. On y cause bien des deux hémisphères du cerveau. La première pièce a été enregistrée pour les 150 ans de l'invention du saxophone. Une pièce dronique, une respiration circulaire quasi post-ambiante. On pense au hurdy gurdy de Phil Nibblock pour les drones. Le sax vire jazz sur la fin, pour des texture aériennes à la Jac Berrocal. Dans une improvisation très musicale. Assez marquée de l'époque du début des années 90. La deuxième pièce, celle de l'hémisphère gauche, se rapprocherait presque d'un Pauline Oliveiros dans son introduction. Une pièce qui a su évolué dans le temps avec notamment une version de celle-ci en quartet avec The Beatless Saxodrones (avec Ulrich Krieger). Après cette introduction, le sax se fait mélodique et minimal à la fois. Une dualité dont a certainement pu s'influencer le duo Streifenjunko. Et toujours dans un esprit drone. Un effet de râles issus d'une trompe m'a ramené à son disque pour clarinette pvc, The Art of buzzing. Qui m'avait déjà interpellé à l'époque (début 2000 sur Podewil). De belles fuites de sonorités ambiantes et linéaires, abstraites aussi. Une bonne idée d'avoir ressorti ces deux pièces du placard.
cyrille lanoë