stepmother
calvary greetings
megaphone032
cd
Une nouvelle manifestation du versant pop déjanté voisin des musiques créatives gravitant autour de l’expression rock in opposition. STEPMOTHER fait ainsi suite à AA Kismet, Perfect vacuum, et autres Vril. Le point commun, c’est surtout la présence du Néerlandais Lukas Simonis. A ses côtés le britannique Bill Gilonis (the Work), l’américain David Kerman (5UU’s, Présent, Hail…), et le multi instrumentiste néerlandais (quoiqu’un moment impliqué dans l’Ensemble rayé helvétique !) Jeroen Visser. Plus quelques invités gravitant autour de ces mêmes musiciens, tels Ilja Komarov (ex Ne Zhdali), Nina Hitz ou ceux d’un ensemble de cuivre, Blasnost.
La musique, souvent dominée par les sonorités graves et grinçantes, de même que la plupart des textes ont une saveur aigre-douce, un brin désabusé, des accents de résignation, aussi bien dans l’évocation de situations globales (crise, chute du dollar) que particulières (cancer du sein…), le recours à des solutions sans issue (les nouveaux chrétiens, le sexe, la pharmacopée…), que dans les (rares) emprunts à Lénine et à… Gainsbourg (laisse tomber les filles). Cela n’empêche pas quelques expérimentations notamment dans great trading days, autre pièce sans paroles. Dépressifs s’abstenir !
pierre durr
maxime corbeil-perron
katharsis
kohlenstoffkohl015
cd
ezequiel esquenazi
conflictos con la metafore
kohlenstoffkohl019
cd
liz helman
the true inside
kohlenstoffkohl018
cd
line katcho
pulsions
kohlenstoffkohl020
cd
Il y avait déjà, notamment pour les musiques électroacoustiques, le collectif Empreintes Digitales, et pour les autres musiques actuelles, Ambiances Magnétiques et ses petits frères, tels & records ou Tour de bras. Depuis l’automne dernier, un nouveau label vient de faire son apparition à Montréal, émanation d’un autre collectif autogéré, Kohlenstoff Records, consacré à la musique nouvelle, expérimentale, électroacoustique-mais-pas-que.
Sa particularité réside dans le fait que sa production, déjà riche d’une vingtaine d’enregistrements, dont certains étaient déjà en ligne avant la création officielle, n’est disponible qu’en version digitale…
Parmi les parutions de l’hiver dernier, outre Air, chroniqué par ailleurs, figurent les électroacousticiens montréalais (Line KATCHO, Maxime CORBEIL-PERRON), une artiste sonore et visuelle londonienne (Liz HELMAN, et un musicien argentin (Ezequiel ESQUENAZI).
Les pièces de ce dernier, peu narratives en dehors peut-être de Pequena historia sobre, s’apparentent à des études offrant de nombreux contrastes de sonorités, souvent heurtées, intégrant parfois des instruments acoustiques, tels le piano et/ou la guitare (Forclusion XI), voire la voix (Moreno).
Assez proche par le jeu des sonorités, Line KATCHO est plus expressive, dans la mesure où elle cherche à traduire par les sons – plus doux en général mais parsemés de perturbations ! – ses tensions internes, ses élans, et leur transcription spirituelle.
Maxime CORBEIL-PERRON, un des initiateurs du collectif, propose une musique plus linéaire, plus cosmique (une sorte de musique des sphères) et évanescente, parfois heurtée voire étourdissante (Vertiges) pour laquelle il use aussi d’instruments acoustiques (le cor dans Fragments, les saxophones ténor et soprano dans Wise Constellations) à côté d’instruments inventés (tel l’orgue de sirènes conçu par Jean-François Laporte) pour compléter la palette des sonorités électroniques.
La britannique Liz HELMAN, qui se définit elle-même comme artiste médiatique (elle œuvre aussi dans la vidéo, la photo, la peinture…), se meut elle dans l’univers des musiques dites ambiantes, traçant des paysages sonores abstraits, ou, incidemment comme dans Elsewhere St., plus concrets avec les bruits de pas.
pierre durr
skryty puvab byrokracie
zprava o pitve ...
poli5epp 082-2
distribution : indies scope
cd
Nouvelle étape, nouveau rapport émanant du Charme Discret de la Bureaucratie, traduction française de SKRYTY PUVAB BYROKRACIE. Si l’enregistrement paru en 2012 (My Pravdu Nemáme – Ce n’est pas ma vérité) centrait l’analyse sur le monde contemporain, le présent ouvrage est plus historique (comme le fut Ouředníkovy Referáty en 2010 !) tout en s’appuyant – prétexte, certes – sur un fait bien précis : le rapport d’autopsie (Zprava o pitve) de Reinhard Heydrich, un des initiateurs de la Shoa, gouverneur SS de la Bohême-Moravie, éliminé par les résistants tchèques en juin 1942… , rapport qui a finalement été trouvé et publié il y a seulement une dizaine d’années. Et cela est décliné tout au long des dix titres : cœur, pus, diaphragme…
SPB, comme nous l’avons déjà signalé lors des précédents rapports, perpétue depuis son apparition en 1999 la tradition politique du rock tchèque. La formation conserve son line-up en quartet (Jan Faix aux claviers, Josef Jindrak à la basse, Roman Plischke saxophone, trombone et objets divers, Jakub Zid voix et percussion). Elle propose une musique plutôt hybride, principalement dans la mesure où, si elle était emphatique, pourrait passer pour celle d’une fête foraine, mais les sonorités aigres-douces, l’aspect lancinant des rythmes (parfois répétitifs, comme dans Hnisy ou Tekutiny) et les perturbations plus déjantées apportées principalement par le trombone lui confèrent une aura assez angoissante.
pierre durr
iva bittova
endwine/propletam
pavian recordspm0079-2
distribution : indies scope
cd
nocz & iva bittova
id
hevhetia
distribution : indies scope
cd
raduza
gaia
raduza recordsrr05
distribution : indies scope
cd
tara fuki
winna
indies scopemam 551-2
distribution : indies scope
cd
Ces quatre enregistrements tchèques ont pour point commun d’être consacrés principalement à la voix. La voix (celle d’Iva BITTOVÁ) s’accompagnant du violon (en dehors d’une pièce a capella, Ruza ) ou en invitée d’une formation de jazz improvisé, celles des deux violoncellistes de TARA FUKI, enfin celle de RADUZA, qui, depuis ses premiers enregistrements, multiplie sa palette instrumentale et ses invités… mais des univers musicaux assez différents.
La première est bien connue, depuis ses enregistrements à la fin des années 80 avec le groupe Dunaj ou avec le batteur Pavel Fajt. Retour aux sources peut-être puisque elle publie son dernier opus sur le label slovaque qui édita son premier solo en 1991. Un album qui fait suite aux récents fragments parus chez ECM en 2013, et qui s’inscrit dans une certaine spiritualité, celle de l’église Saint-Jean-Népomucène de Zelena Hora où elle enregistra déjà en 1997 les "44 Duets For Two Violins" de Bartók avec Dorothea Ida Kellerová. Fidèle à l’esprit du lieu, sa légende et sa configuration (un plan étoilé en cinq branches), elle improvise cinq pièces, qu’elle alterne avec sept autres titres dont les textes sont dûs entre autres à un écrivain morave (Jan Skacel), à une tzigane rescapée de la Shoah (Ruzena Danielova), à Gertrude Stein, à Chris Cutler (le titre figurait déjà dans son trio avec Gian Ryley et Evan Ziporyn) et à elle-même. Un enregistrement qui bénéficie aussi des qualités acoustiques de l’église… et dédié par ailleurs à Vaclav Havel!
On connait moins Iva BITTOVÁ dans un environnement plus jazz, quoiqu’il y ait des témoignages enregistrés tel le concert conçu en 2007 lors de l’anniversaire de sa sœur Ida Kelarova*, ou le quartet avec George Mraz et Emil Viclicky la même année**. D’ailleurs un de ses premiers enregistrements fut au sein de la formation du flûtiste Jiri Stivin*** en 1987. NOCZ est un quartet tchéco-norvégien, dirigé par le trompettiste Didrik Ingvaldsen, lequel use aussi d’effets divers et dans lequel officie un autre cuivre, Radim Hanousek (saxes), ainsi qu’une section rythmique (Marian Friedl, contrebasse et Václav Pálka, batterie). Cet enregistrement avec la violoniste/chanteuse (elle est présente sur 9 des 14 titres) est leur second. La musique se partage entre des titres offrant des lignes mélodiques habituelles et traditionnelles (Bio – Bio, J.Dock, First Floor), auxquelles la voix d’Iva se plie volontiers et d’autres plus aventureux, voire dissonants (Sonnenallee) dans lesquels les effets de voix, le travail du violon se combinent à des cuivres survoltés (Dam Daka, XXX-YYY).
Créé à l’aube du siècle, TARA FUKI est le duo entre Dorota Barová et Andrea Konstankiewics, toutes deux violoncellistes et chanteuses, et offre avec ce Winna son 5e opus. Leur musique, qui ici se suffit à elle-même – ni rajout d’électronique, ni invités, ni autres instruments comme dans le précèdent, sens, à part un effet d’orage dans la transition entre Anna et Zavrat – est toujours dans cette forme de folk de chambre contemporain et minimal, marquée par la mélancolie. Les violoncelles usent d’effets de répétitions, de boucles, les voix chantées sont parfois doublées d’effets harmoniques sans paroles. En dehors du texte dû à Andrea, Zavrat (vertige en tchèque), les autres, ceux de Dorota, sont en polonais, de même que Anna dû au poète polonais Krzysztof Baczynski**** (dont le duo a souvent repris les écrits dès le premier enregistrement). Il est vrai que la formation est originaire d’Ostrava, ville-frontière et qu’elles ont des ascendances polonaises.
RADŮZA représente la version la plus populaire de ces chanteuses tchèques. Découverte elle aussi il y a un peu plus de douze ans et s’accompagnant alors d’un accordéon, voire d’une guitare, elle semble privilégier de plus en plus le piano et s’éloigne ainsi de son environnement « canaille » qui la caractérisait… d’autant plus qu’elle offre un côté moins personnel mais plus méditatif lié à l’appréhension de la Terre (Gaïa), du devenir de l’humanité (Babylónská Věž, Poslední Cestující, Tenkrát V Ráji – Tour de Babel, Derniers passages, Un jour au paradis…)
*DVD Jazz Indies MAM 440-9
** MRAZ/BITTOVA Moravian Gems Cube-Metier MJCD2736
*** Jiri STIVIN Status Quo Vadis Supraphon 1115 3967 H
**** abattu à 23 ans lors de l’insurrection de Varsovie en août 1944…
pierre durr
spyros polychronopoulos
electronic music
experimediaexpcd028
cd
Cet enregistrement du musicien grec se veut d’abord, si l’on suit les remarques de son concepteur, une énigme à propos de la notion de réverbération dans la musique. Pour un instrument traditionnel (acoustique ou électrique), la source du son est aisément discernable de son effet de réverbération. Mais dans le cas d’une musique électronique dans laquelle toutes les sonorités sont synthétiques et a priori inventés, quelles en sont les origines, quels sont les effets réverbérés ? Quelle en est notre appréhension immédiate ?
L’auditeur peut aussi faire abstraction de cette première interrogation et se laisser capter par les drones et autres textures sonores, parcourues de glissandi, de bruits épars, de silences, de micro-rythmes. Une perception qui peut d’ailleurs variée selon son emplacement par rapport à son installation stéréo… 
 
 
 
 
 
pierre durr
gabriel ledoux
le vide parfait
acte01
cd
hélène prévost
à la plage
tour de brastdb9009cd
cd
sylvain campeau / chantal dumas
havres
autoproduction
cd
Encore la scène québécoise… D’un côté un jeune compositeur à la fois initiateur d’une compagnie produisant des spectacles multimédias et co-fondateur, avec Simon Chioini, du label Acte, d’autre part deux artistes sonores, la première impliquée depuis longtemps dans la scène des musiques nouvelles, surtout en tant que productrice radiophonique (elle est responsable de plusieurs créations, souvent enregistrées déjà, d’autres musiciens) et longtemps animatrice à Radio-Canada, la seconde productrice de pièces radiophoniques.
Le premier nous offre deux suites aux titres énigmatiques ("Les poissons solubles ont peur du vide", "Le rouge des crépuscules n’est qu’un détour à noyer") marquées par la combinaison entre éléments de musique électroacoustique, improvisations instrumentales et vocales, utilisation d’enregistrements, notamment d’événements politico/médiatiques (siège de Waco, tuerie de Colombine, suicide collectif de Jonestown, snipers à Kiev…)… des suites qui alternent phases chaotiques, parcourues de stridences (I’m a violent revolutionnary, part 1), de riffs de guitares ((-------) ###) et quelques instants plus humanisés, plus calmes, presque vides… L’enregistrement s’accompagne d’un petit livret proposant des réflexions/digressions sur la notion de vide (et les poissons rouges), de symphonie, d’événements tragiques et l’opportunité de les utiliser dans la création… Comme pour aider l’auditeur à mieux décrypter le sonore.
Quoiqu’ayant déjà collaboré à certains enregistrements (de Claude Schryer en particulier) il y a près de vingt ans, ce n’est finalement qu’assez récemment qu’Hélène PRÉVOST s’est engagée dans des créations personnelles plus régulières, comme en témoignent quelques pièces sur diverses compilations (Musicworks 104, par exemple), ou sa participation aux projets Montréal/Victoriaville, matière sonore* et A la plage constitue le premier recueil entièrement sous son nom. Cela pourrait être La plage, matière sonore. Encore que ce ne soit qu’un jeu de mots, la plage étant à prendre ici au sens d’espace enregistré. Il y en a dix. Dix plages donc ! Chacune proposant une combinaison propre de sons, issus de bruits, de voix, d’instruments, de nature diverses, offrant chaque fois des climats divers, tourmentés, oniriques ou inquiétants, parfois proche du silence (plage 09)…
On finira cette chronique avec l’évocation de Havres, une courte (17.35 min.) collaboration entre un poète (Sylvain CAMPEAU et Chantal DUMAS. Cette dernière fut d’ailleurs aussi une des artistes impliquées dans l’aventure de Montréal ou Victoriaville Matière Sonore, mais a un parcours de créations personnelles plus anciens. Ici, elle propose une bande sonore pour la mise en sons d’un poème, basé sur un quartier péninsulaire de Montréal, la Cité du Havre, en bordure du St Laurent, décliné en français, en Irlandais et dans la langue mohawk des amérindiens du lieu. D’où plusieurs récitants, et une bande-son évocatrice aussi bien d’une certaine quiétude (celle du parc) que de son histoire et de ses diverses communautés.
*respectivement Montréal, matière sonore Pogus P21041-2 et Victoriaville, matière sonore VICTO113
pierre durr