WI WATT’HEURE #31

Un 8 mars « à plusieurs voix »

Conçue et réalisée par Elena Biserna et Carole Rieussec
Graphisme et mise en ligne : Lionel Palum

Avec les contributions de : Merce Almuni Calull, Caroline Boë, Juliette Bonnafé, Collectif de mobilisation Féministes Antiracistes & Café Congo, Fernando Fuentes, Julie Gilbert, Laëtitia Hell-Gonzalez, La Lleca, MEUFs!, Natacha Muslera, Rocío Nejapa, Lorena Mendez, Non una di meno Milan, Radiorafales, Adriana Rodriguez, Claire Serres.

Le 8 mars, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, les organisations féministes du monde entier se mobilisent. De l’Argentine à la Pologne, l’appel à la grève féministe s’est progressivement diffusé au-delà des frontières en devenant un mouvement international : un acte politique de lutte transversale contre le patriarcat et son système de domination. Dans les foyers, dans les lieux de travail, dans les espaces publics, dans les institutions, dans les hôpitaux, dans les écoles… femmes et minorités de genre croisent les bras pour bloquer tous les endroits où iels sont actif.ve.s et pour montrer que « lorsqu’iels s’arrêtent, le monde s’arrête ». La grève féministe c’est arrêter le travail productif et étudiant, où les inégalités sont toujours fortes et où les violences et les oppressions se reproduisent. C’est bloquer tout travail reproductif, domestique ou de soin, toujours invisibilisé et pris en charge majoritairement par les femmes. C’est interrompre toute consommation, en refusant d’alimenter le système capitaliste qui exploite nos corps, nos ressources et l’écosystème. C’est faire converger les luttes des femmes et des minorités de genre dans le monde, se rejoindre dans la rue et sur les places, construire des stratégies communes pour subvertir les oppressions, les violences et l’expropriation de nos vies, de nos corps, de nos territoires.

wi watt’heure #31 est pensée comme une caisse de résonance de cette journée de lutte. Nous avons invité des artistes, des collectifs et des militantes à nous envoyer leurs sons, leurs enregistrements, leurs compositions, leurs documents. Grace à ces contributions, nous avons réalisé une playlist reflétant une variété d’approches et d’expressions sonores. Un 8 mars « à plusieurs voix » (Cavarero 2005) pour donner à entendre la pluralité des féminismes en France et dans des autres pays ; pour relier les bruits, les dissonances et les consonances de cette rébellion globale ; pour célébrer ce laboratoire de conflits et d’alliances internationales.

Radiorafales partage un document de la marche de nuit « Pour un féminisme populaire et antiraciste » du 7 mars à Paris : un cortège antifasciste en mixité choisie frappé par la répression et la violence policières.
Le lendemain Claire Serres participe au cortège parisien et nous offre une déambulation à travers les chants et les slogans collectifs de meufs en FEU.
Natacha Muslera compose à partir de field recordings enregistrés lors de la manifestation marseillaise : « un patchwork » des slogans criés, triturés avec « l’ambiance, l’énergie puissante, la joie sauvage, incompressible, de cette journée du 8 mars ».
Toujours à Marseille, Caroline Boë compose un « paysage-documentaire, une forme hybride entre le paysage sonore et le documentaire social, une tentative pour rendre compte d'une expérience intime du réel, dans laquelle l'environnement est un ensemble de revendications et de dénonciations transversales ».
Depuis Lyon, Laëtitia Hell-Gonzalez marche avec le cortège des lesbiennes et nous propose un montage d’enregistrements et lectures « gouinisant » les slogans du 8 mars : « Virginie Despentes, Céline Sciamma et Adèle Henel. 3 figures majeures du féminisme aujourd'hui, 3 lesbiennes. Pourtant le mot n'est jamais écrit, jamais prononcé ».
La chorale MEUFs! interprète trois chants révolutionnaires – La semaine sanglante, Le pieu et Penn Sardin – que nous avons dispersé, comme une ponctuation, dans la playlist.
En sortant de la France nous passons par Bruxelles : Merce Almuni Calull a enregistré l’ambiance et des entretiens dans la marche organisée par le collecti.e.f 8 mars et le Collectif de mobilisation Féministes Antiracistes & Café Congo nous propose un extrait de leur mobilisation en solidarité des femmes sans papier avec Bintou Touré – Membre de la Coordination des sans-papiers de Belgique.
Depuis le Mexique, Juliette Bonnafé nous raconte la portée, les enjeux, les revendications des femmes dans ce pays : un témoignage récolté par Julie Gilbert et mélangé à des enregistrements d’Adriana Rodriguez de La Lleca. Ce même collectif nous envoie un document de leur performance Justicia para Lesvy dans la prison Sta Martha Acatitla à Mexicó : une pièce jouée pour dénoncer les féminicides et informer les femmes enfermées des mobilisations du 8 mars.
Enfin nous débarquons en Italie, où la pandémie en cours empêchait les manifestations collectives dans l’espace public. Les féministes de Non una di meno Milan n’ont pas renoncé au 8 mars et ont organisé S-Corteo (S-Cortège) ainsi qu'une radio pirate pour crier leurs revendications via les ondes et relier les personnes isolées. wi watt’heure publie un extrait de cette émission de huit heures : un exemple de résistance pour être ensemble et militer dans une situation de confinement forcé.

Maintenant, nous sommes dans la même urgence sanitaire dans laquelle Milan se réveillait le 8 mars dernier. Dans cette situation de confinement forcé et de distanciation physique, nous sommes encore plus heureuses de faire résonner ces voix collectives et individuelles, de revivre ces moments de construction du commun via la proximité et l’occupation de l’espace public et de les partager pour imaginer des nouvelles formes d’être ensemble, en lutte, dans et après la pandémie.

 

Références :

Cavarero, Adriana. 2005. For More than One Voice. Toward a philosophy of vocal expression. Stanford : Stanford U.P.

Les autres phrases entre guillemets sont extraites des descriptifs écrits par les contributrices.

Image : Collages Féministes Marseille.