anthony pateras / anthony burr
the long exhale
immediataimm007
distribution : metamkine
cd
Le label du pianiste et compositeur Anthony Pateras, IMMEDIATA, est conçu pour s’autodétruire après 15 réalisations d’ici à 2017. Le musicien australien semble attaché à limiter ses projets dans le temps comme si une échéance maîtresse l’obligeait à circonscrire sa démarche en unités bien claires. Ainsi le groupe réuni sous le nom de Thymolphthalein s’est volontairement interrompu après cinq ans d’existence laissant cependant deux traces discographiques réunissant des enregistrements réalisés sur le continent européen.
En résulte peut-être une écriture et un jeu souvent fournis et précipités qui forment une matière vivante mais pressée. Bien qu’Anthony Pateras nous a laissé apercevoir un aspect différent de sa démarche avec la pièce As Long as Breath or Bow composée en 2013 pour l’ensemble]h[iatus, le septième item du label IMMEDIATA, dont il est question ici, nous surprend par une musique plus sereine, comme plus à l’écoute du phénomène sonore dans un rapport subtil et tressé entre piano (souvent préparé), clarinette et électronique. Par le jeu des battements acoustiques induits par de fins rapprochements de fréquences entre les trois entités sonores, les sept « méditations » proposés sur ce disque nous invitent à une suite d’illusions acoustiques où les résonances du piano dialoguent avec les notes étirées de la clarinette presqu’au bord du souffle et de la rupture, le tout constamment et subtilement perturbé par ce qui semble provenir d’une utilisation minutieuse d’un modulateur en anneau et autres générateurs d’ondes. Certaines pièces sont comme des partitions perdues d’une collaboration entre Morton Feldman et Alvin Lucier mais on peut songer aussi à Obdo de Thomas Lehn et Frédéric Blondy.
Entre pression acoustique ressentie en face des enceintes, voyages des fréquences dans l’espace sonore et le bruit des corps au travail, l’auditeur est convié à une expérience sensible et délicate où le temps n’est plus rempli mais vidé, exerçant une certaine fascination.
Bien que la prise de son manque de transparence concernant le piano, ce septième opus du label IMMEDIATA est vivement à recommander.
baku
eva-maria houben
air - works for flutes and organ
edition wandelweiser recordsewr 1501
distribution : metamkine
cd
La compositrice Eva-Maria Houben est organiste de formation et développe, entre autres dans son travail, une exploration du souffle du gigantesque instrument. La troisième pièce en trois mouvements du présent CD en est la parfaite illustration : de l’orgue sort un constant bruit coloré qui vient se mêler au souffle et aux notes de la flûte à bec. S’opère un contraste entre la flûte qui ne peut que disparaître par essoufflement et la présence physique du son permanent de l’orgue que vient perturber parfois de petits sifflets. Mais paradoxalement, ce souffle qui emplit la pièce d’écoute s’entend comme le silence qu’il remplace. On sent sa puissance sous-jacente.
Le disque présente trois pièces qui répondent à son titre sobre Air – works for flutes and organ qui s’apparente être un programme : laisser l’air être révélé par quelques phases de son comportement quand il rencontre la respiration de deux instruments et d’une instrumentiste.
Dans la première pièce au titre de Ein Schlummer (un sommeil), les notes de la flûtes et de l’orgue se tournent autour pour se rejoindre et s’éteindre. L’orgue lance le jeu comme un répétiteur pour une voix, donnant les notes qui permettent à la flûte d’explorer leurs environs sonores.
La deuxième pièce, Aufhören, est pour flûte à bec seule. Elle peut faire penser aux tentatives de reconstruction de musique de la Grèce antique mêlée parfois de shakuhachi quand quelques vibratos et glissandos apparaissent ici où là. L’orgue, absent dans cette pièce, montre à quel point et malgré la sobriété de sa présence dans les deux autres pièces, sa pression dans l’air était impressionnante.
Membre du collectif Wandelweiser, Eva-Maria Houben, propose par ce disque une musique qui replace l’écoute dans une forme d’étonnement devant l’évanescence du phénomène sonore.
baku
costes
pas encore mort
nashazphonenp-16
distribution : metamkine
lp
porest
modern journal of popular savagery
nashazphonenp-19
distribution : metamkine
lp
Nashazphone nous offre une belle colonie de vacances avec non moins de cinq sorties simultanées que l'on vous fait découvrir à notre tour. A l'image du label aux grands écarts dont on déjà relaté certaines sorties dans ces pages, nous commençons par deux disques électroniques. Après les découvertes de l'electo chaâbi de Dj Sardena ou E.E.K, le label réédite un disque clairement éléctronique de Jean-Louis COSTES de 1997, "Pas encore mort". Une électronique qui vire souvent no-wave, surtout sur "Mourons ensemble". On sent bien que Jean-Louis veut toucher cette inconnue de la mort d'encore un peu plus près, et c'est le talent qu'il touche aussi d'encore un peu plus près, un touche à tout qui me surprend moi qui ne le connait vraiment pas très bien. Alors comment faire comme il dit, comment faire avec ce brulot qui remue là où ça va bien. Une remise en question d'une phrase à l'autre, vocale et musicale. Comme pour ce grand voyage comme il dit aussi. Candidat pourquoi pas, même si en live ou sur disque, ce que certains n'auront peut-être pas compris, nous restons toujours spectateurs, spectateur de cette implication, spectateur de certains non dits, qui même vingt ans après résonnent toujours à raison. Je ne le connais pas forcément plus, mais mieux oui, c'est certain. Certain de cet effort en solo, de ce travail, de cet investissement. Je vais surement dire une connerie mais certains titres tels "Rien à ajouter", me font penser à Daniel Darc. Rien à ajouter... Enfin presque. On reste sur une excellente découverte avec ce nouveau disque de POREST, de son vrai nom Mark Gergis. Une synth pop décalée entrainante, avec une production hip hop, le tout dans un esprit japonisant. Rien à ajouter ou presque si quand même, tellement le bonhomme aime à brouiller les pistes, à empiler les séquences à la manière de Kid 606 dans sa période noise, et ça empile encore avec ce titre assassin presque dancefloor "Soapbox cutter", une pure merveille synth pop répétitive et chantée. Le tout dans un humour proche des collages de People like Us ou Kevin Blechdom. Je vous conseille d'ailleurs une émission radio hilarante en compagnie de Vicky Bennet pour la WFMU, "Do or DIY". Une facilité déconcertante à offrir des tubes au kilomètre, tout en s'essayant parfois à des excursions planantes à la Liars sur "A rosy bath" et "Some Law", et même dans cet exercice nous retrouvons cette production non seulement hip hop et groovy mais aussi lo-fi avec ce côté série Z, comme les voix entendues parfois chez Man Or Astroman ?. En début 2015, j'avais découvert Lucky Bone, on n'en est pas si loin ici.
cyrille lanoë
Èlg
mauve zone
nashazphonenp-21
distribution : metamkine
lp
On poursuit le grand écart pour retrouver ÈLG et une nouvelle tentative solo en deux pièces, une par face. On garde le côté lo-fi et on vire l'électronique. Enfin pas toute l'électronique, il fait ses courses vite fait, à droite, à gauche, tout droit, se déporte, prend le tunnel à pied. Colle ses bandes analogiques cinématographiques pour s'inventer des dialogues surréalistes, humoristiques, incohérents parfois, dans un marasme bruitiste de plus en plus proche de la musique concrète. Peut-être un projet solo le plus proche de sa participation au trio Reine d'Angleterre aux côtes de Jo et Ghedalià Tazartès, par qui il a surement dû être influencé au point de proposer ces ambiances mouvantes, filandreuses, cascadeuses. Et toujours aussi décalé, en témoigne cette fin d'album synthétique. Et peut-être une ouverture sur la suite à donner à ce nouveau beau disque de Laurent, que l'on retrouve aussi dans Opéra Mort. Qui sera à coup sur une nouvelle belle surprise. Ici aussi le talent rôde. 
 
 
 
 
 
cyrille lanoë
sam shalabi
isis and osiris
nashazphone
lp
5599
heureusement que le sang sèche vite
nashazphone
lp
Je connais surtout Sam SHALABI pour faire partie du Shalabi Effect depuis le début des années 2000. En solo il joue depuis, surtout du trad, sur plusieurs disques chez alien8 au Canada où il vit en partie, lorsqu'il n'est pas au Caire. Ici j'y reconnais principalement des influences chicagoanes, du collage de voix, des toux sur bande qui accompagnent des attaques au piano, sur fond de oud et de jazz abstrait, un peu à la manière de Matana Roberts dans les compositions, et dont je ne saurai trop vous conseiller son dernier disque "COIN COIN Chapter Three: River Run Thee " sur Constellation. C'est quasiment le même montage, là ou Matana joue du sax, ici c'est le oud qui le remplace. Un travail de composition mêlant acoustique et travail sur bandes. Le disque est une reconstitution d'un live pour lequel il nous manque le lieu d'enregistrement et sa date, mais peu importe, un son parfait restitue à merveille les veloutes proposées par Sam, suffisamment chaleureuses et rondes pour nous envouter. Là ou réussit et réussira toujours Nashazphone, lorsque je vous parlais des grands écarts tout à l'heure, c'est qu'on sent des liens entre chaque production même si le vecteur et l'univers n'ont sur le papier rien à voir. Ce travail sur les voix sur la deuxième pièce aurait pu se retrouver sur le disque d'Èlg par exemple. Un vrai choix artistique. Cela manque suffisamment pour être signalé. Et non moins évidemment, deux belles pièces pleines d'audaces. Suite à sa première empreinte sur le catalogue Nashazphone avec Aliquid et l'excellentissime et tout autant ultra recommandé "Kriegspiel", Jean Marc Foussat revient avec un nouveau duo, 5599, accompagné d'un tout jeune improvisateur de 17 ans, Augustin Brousseloux à la guitare, Jean-Marc évidemment à l'AKS. Trois titres d'improvisation abyssale, de ritournelles dynamiques, de jeu tout simplement, comme le dit si bien Noél Akchoté dans les notes de presse. Augustin n'est pas seulement guitariste, il souffle aussi dans un sax alto. Et on ne s'y attend pas. Jean-Marc non plus ne s'y attendait surement pas, lui qui venait d'envoyer une grosse boucle synthétique binaire, reçoit, tout comme nous, un bel assaut sous une quasi forme de solo très bien placé. Une musique presque déstabilisante, surtout sur cette deuxième face où le sax prend de l'ampleur, prend de la hauteur. Où Jean-Marc use encore plus d'ingrédients de musique concrète/électroacoustique. Si le disque d'Aliquid reste mon préféré a priori, celui-ci reste tout autant intéressant pour ses sonorités originales.
cyrille lanoë