falter bramnk
diez zeiz
creative sourcescs 587 - 2019
distribution : metamkine
cd
Ce Diez Seiz joue sur une double subjectivité. D’abord celle de son auteur, qui y traduit soniquement les impressions qu’impriment en lui les différentes facettes d’une exposition à Lille d’une artiste portugaise, Sandra Gil. Sons, films, lumières, tableaux paysagers, abstractions nourrissent une musique elle-même protéiforme, quoique émargeant principalement dans un registre ambiant et paysager, élaborée à partir de cordes, de guitare, de piano, d’échantillonnages, de sons captés, de percussions. Une musique partiellement retravaillée après coup, notamment avec la participation d’une altiste, Guenola Fatout, sur cinq des huit comptes rendus sonores. Une musique que capte l’auditeur avec sa propre subjectivité, en substituant ses propres images à celle d’une exposition qu’il n’a pas eu l’occasion d’entendre – et cela fonctionne… 
 
 
 
 
 
pierre durr
ensemble pamplemousse
...this is the uplifting part
parlour tapespt010 – 2017
clef usb + cassette
Une petite découverte, reçue par téléchargement – et plus ou moins d’actualité puisque cette formation curieuse se produira à Strasbourg au moment où paraîtra ce numéro de R&C. Il s’agit d’un collectif américain créé en 2003, qui regroupe divers musicien.ne.s exerçant dans diverses circonstances, entre musiques improvisées et musiques contemporaines (l’un a par exemple travaillé avec John Zorn, une autre avec Braxton mais a aussi interprété des œuvres de Boulez), et qui ont ressenti le besoin de se regrouper, pour partager leurs idées d’explorations sonores, souvent délirantes, au-delà de leurs différences. Sur cet enregistrement, support à une vidéo (car leur action est aussi « corporelle »), les cinq musiciens usent de sifflets à coulisse, de claviers, d’un violoncelle, d’une flûte, d’une batterie et d’électroniques. Dans « Child of Chimera », les instruments s’égrènent, entre silences et brusques emballements, rythmés par quelques effets vocaux et récitatifs. D’autres pièces, telle « Guillaume de St.Cloud Suffers a Violent Dazzling », usent d’effets de drones, constamment perturbés par l’intervention de rythmes changeants, ou jouent sur des effets répétitifs au piano (on pense un peu à Klimperei, dans Together Again, Again). Le tout dans un joyeux bazar décalé aux accents Dada – une approche ludique d’une musique que se veut aussi visuelle.
pierre durr
luis lopes
love song
shhpuma recordsshh025 – 2016
lp
luis lopes
love song: post ruins
shhpuma recordsshh050 – 2019
cd
julien desprez / luis lopes
boa tarde
shhpuma recordsshh041 – 2018
lp
guillotine
id
clean feedcf511 – 2019
cd
Stairway to Heaven ? Les marches de l’escalier mènent-elles à l’amour ? Et l’amour (du moins l’une de ses manifestations) est-il symbolisé par les photos du livret intérieur ? Et pourquoi post-ruins ? Le titre et l’illustration de la pochette du second opus solo du guitariste portugais Luis Lopes (son premier opus, uniquement en LP, s’intitulait tout simplement Love Song) apparaissent ambigus. Le premier affichait dans l’alignement de neuf pièces une vision de l’aventure amoureuse (début et fin), et son exécution une délicate sérénité, presque caressante, presque intemporelle, notamment la première face, parfois plus mélancolique, voire résignée sur sa seconde face (« The Sadness of the Inevitable End »). Love song: Post-Ruins n’affiche qu’une pièce unique, plus lunaire, voire désabusée, erratique, parfois presque immobile, comme un amour en suspension, tout en conservant l’approche mélodique du premier volume, aux antipodes de sa pratique relativement bruitiste de ses autres enregistrements.
C’est cette dernière qu’il met surtout en œuvre dans la confrontation avec son partenaire français, Julien Desprez, dans Boa Tarde , un enregistrement réalisé à Lisbonne en août 2016. Pour nous souhaiter la bonne après-midi ( boa tarde), les deux guitaristes ne trouvent rien de mieux que d’explorer, avec moult gadgets et effets, les sonorités des guitares, dans une sorte de crescendo bruitiste qui débute par un bourdonnement presque discret, très légèrement perturbé avec « Iris », maintenant une pulsion haletante dans « Gracinda », et après une courte accalmie, le final incandescent de « Constança ».
En formant un trio avec le batteur norvégien Andreas Wildhagen et le violoncelliste Valentin Ceccaldi, Luis Lopes nous propose une envolée davantage marquée par la fulgurance rock, une proposition musicale plus décap(it)ante. En effet, Guillotine jette un regard sur la Révolution française, sur ses errements, sur un personnage emblématique (Marie-Antoinette), et sur l’objet symbolique bien sûr, de sorte qu’après une courte entrée percussive plutôt attentiste, les sons giclent, s’entrechoquent, entrent dans le vif d’une description presque apocalyptique menée par des musiciens survoltés, mettant notamment en valeur Valentin Ceccaldi, avec son violoncelle amplifié et ses effets hypnotiques.
pierre durr
monopiece / jaap blonk
s/t
shhpuma recordsshh052 – 2019
cd
ute wassermann / jaap blonk / michael vorfeld
improvisors
kontranscd 965 – 2019
cd
jaap blonk
joyous junctures
eh107 – 2019
cassette
jörg piringer
darkvoice
transacoustic researchtres 010 – 2019
cd
Après son incursion dans le futurisme (russe) en compagnie de Simon Nabatov – il est vrai qu’il est aussi féru du dadaïsme et du Merz – Jaap Blonk poursuit ses pratiques improvisatrices d’une part dans sa série Improvisors, d’autre part avec un trio de la côte Ouest américaine, Monopiece. Monopiece, c’est un jeune trio, apparemment issu du Mills College d’Oakland : Nathan Corder à l’électronique, Matt Robidoux à la guitare, Timothy Russell aux percussions. Encore peu connu, quoique le guitariste ait une activité déjà reconnue (cassettes et installations sonores), Monopiece pratique une improvisation plutôt jusqu’au-boutiste où les sons des instruments s’entrechoquent, bruissent, crachent leurs décibels et créent un chaos sonore plein de stridences, dans lequel Jaap Blonk s’insère parfaitement avec ses borborygmes, soupirs, cris, vagissements, tantôt survoltés, parfois plus apaisants.
En contrepoint, quoique tout aussi improvisé, le trio que propose Jaap Blonk avec Ute Wassermann et Michael Vorfeld apparaît presque comme un havre de sérénité, ou du moins plus écologique, bien que l’électronique soit aussi de la partie. Il est vrai que l’approche des instruments – très variés (vents, cordes, percussions), notamment en ce qui concerne Ute Wassermann (avec ses divers appeaux, vibratone, frog buzzer et autre mirliton) – y est plus nuancée.
L’amateur d’exercices vocaux peut aussi trouver son bonheur dans l’exercice soliste, d’abord avec Jaap Blonk lui-même, à travers une K7 assez confidentielle (mais téléchargeable à l’aide d’un code), Joyous Junctures, offrant près de deux douzaines de courtes pièces, ludiques, poétiques, parfois discrètement sous-tendues d’échantillonnages dont une voix féminine (« Squares Be Gone »), mais aussi de la part de Jörg Piringer et son Darkvoice. Sans doute moins connu que Blonk, il s’est produit plusieurs fois à Strasbourg, notamment lors du festival Exhibitronic en 2016, en compagnie justement de Jaap Blonk, mais aussi de Joachim Montessuis et Julien Ottavi (JJJJ !). Autrichien, cofondateur de l’Institut of Transacoustic Research et du Vegetable Orchestra, il fut actif dans la poésie sonore interactive sur le net au tournant du millénaire, et Darkvoice est son second opus personnel, après Vokal en 2003. Un brin déstabilisant d’ailleurs, parce qu’il s’agit d’un album conceptuel, dans lequel tout au long des 11 titres, la voix s’efface devant sa transformation et les manipulations numériques pour aller à la recherche, et la transcription d’un langage post-informatique, un langage codé, secret, mais habillé de rythmes divers, d’effets variés, parfois apocalyptiques, parfois ironiques et mordants.
pierre durr
øyvind torvund
the exotica album
hubro2580 – 2019
cd
Étrange… A priori assez loin de l’esthétique musicale à laquelle nous a habitués le label norvégien. Étrange aussi, peut-être, d’en faire part dans ces pages. Cet Exotica Album est en effet très souvent teinté de ces musiques d’ambiances, d’entertainment, comme disent les Anglo-Saxons, avec des effets de cordes sirupeux (« Starry Night »), des envolées mélodiques qui remplissent les films à l’eau de rose. Et pourtant, encore plus étrange, l’auditeur exigeant peut être séduit. D’abord par la finesse de l’exécution proposée par le BIT20 Ensemble (on est loin des ensembles standards cachetonnant pour les musiques de film), qui accompagne la mise en sons proposée par le duo Kjetil Møster (saxophones et électroniques) et Jørgen Træen (synthétiseur modulaire et bruits). Ensuite par ces détails, ces intrusions furtives vers des univers moins conventionnels, parfois atypiques sinon atonaux, teintés d’effets divers ou d’exotisme, plutôt réjouissants. 
 
 
 
 
 
pierre durr