YONG YANDSEN

MUD

DEATHRASH ARMAGGEDON, CD/DL – 2025

Yong Yandsen est un saxophoniste ténor malaisien, qui a joué avec Christian Meaas Svendsen, Paal Nilssen-Love, Sabu Toyozumi, influencé par Kaoru Abe, Albert Ayler et John Butcher, et qui enregistre donc aujourd’hui pour le label de death metal japonais Deathrash Armaggedon. Mud porte bien son nom : il ressort à l’écoute de l’album une impression d’immersion boueuse, son jeu est fait d’un écoulement ininterrompu de textures humides, de timbres granuleux, de bruits amplifiés de bouche, de salive. Borborygmes crachés dans le bec, débordant du pavillon. Aucune note, ni thème joué, Mud est un pur album de noise qui prend place aux côtés de Borbetomagus ou Antoine Chessex, ces bruiteurs enfiévrés, à la différence qu’il ne semble pas utiliser d’effets. Il fait tourner ses bruits salivaires, les amplifie, ce qui donne l’impression d’une tuyauterie récalcitrante, refluant des eaux sales. Torrent impétueux qui quitterait son lit pour étendre l’espace, se projeter en dehors. Mud n’a pas d’alibi conceptuel, il est dans le pur faire, la provocation auditive, le retournement de cette question jamais épuisée : qu’est-ce que la musique ? Au fond, du bruit domestiqué, non ? Musique de série Z, gluante, noyant l’écoute dans ses glaires soniques. « La salive en tant que telle n’est pas un objet poétique. Humeur non noble de l’ordre de la déjection, impure, organique et microbienne, elle intéresse d’abord l’hygiène bien plus que le roman ou la poésie » (Jean de Palacio, dans Poétique du crachat).

Michel HENRITZI

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