SHOJI HANO & LI JIANHONG
THE MELANCHOLY OF SPRING
UFO CREATIONS, CD/DL – 2025
À proprement parler, The Melancholy of Spring n’est traversé d’aucune mélancolie mais bien plutôt dévasté d’un incendie intérieur, laissant des brûlures aux tympans. Shoji Hano semble resurgir de l’Histoire, figure oubliée du free : il a joué avec Kaoru Abe, Mototeru Takagi, Toshinori Kondo, Peter Brötzmann… et a aussi traîné ses baguettes et ses mailloches du côté du rock underground, batteur dans High Rise, derrière Keiji Haino… accompagnant même Hans Reichel au festival de Moers ; il avait commencé à jouer de la batterie en imitant Max Roach, Art Blakey et Philly Joe Jones, dévoré par sa passion du jazz et ses rythmes syncopés, laissant libre cours à son swing rageur. Quant à Li Jianhong, il est ce guitariste incendiaire chinois, improvisateur posé s’accompagnant d’éléments naturels, d’autres fois noiser sur le fil de l’extrême contemporain, créant des climats claustrophobes, dans un fracas de cordes et de feedbacks emmêlés. La guitare de Li Jianhong serpente dans un cataclysme de percussions, peaux et cymbales claquant, peignant à grands traits de pinceau un paysage oppressant. Ici, elle cherche l’air, écrasée par le drumming de Shoji Hano, creuse dans la masse mouvementée polyrythmique qu’il entretient jusqu’à l’épuisement, et puis l’éventre, que les viscères du temps se répandent. Wah-wah disparaissant dans un amas de fuzz, les sons s’entredévorant, tous deux finissant exsangues, vidés. Une idée de la free music.
Michel HENRITZI
