ACCIDENT FANTÔME
OBJETS ENCHÂSSÉS DANS DES ANNEAUX PLANÉTAIRES
MOLI DEL TRO RECORDS, LP/DL – 2026
Une porte s’ouvrant sur une chambre fantôme, volets clos, une lumière d’en dehors filtrant à travers, peut-être la lune, on entre à pas feutrés dans un inconnu, peut-être traverse-t-on un miroir. Objets enchâssés… est une bascule dans l’antichambre d’une post-modernité, à nous de laisser nos préjugés, cette musique se joue ici et maintenant. Si elle a peu à voir avec celles des artisans de La Nòvia et l’esthétique traditionnelle qu’elle convoque, elle partage cependant avec elle ce profond désir de rendre vie à une instrumentation oubliée, de réanimer des sons oubliés : Josépha Mougenot les doigts dans le corps de sa harpe, Julie Normal aux ondes Martenot, Olivier Demeaux passant de la flûte au synthétiseur ou à l’orgue d’église, Arnaud Marcaille à la guitare électrique 12 cordes, quartet improbable de fantômes. L’album a été enregistré dans l’église d’un village de la Meuse, où un vieil orgue restauré était disponible pour enchanter le passage du temps : ils se sont rassemblés tous les quatre autour de la soufflerie et de ses trompes célestes pour créer une musique de recueillement, traversée de spiritualité, un accueil du silence, une épiphanie – qui est une fête du retour de la lumière, le 6 janvier étant le jour à partir duquel le rallongement des jours devient perceptible, après le solstice d’hiver. Ce n’est donc pas affaire de religion mais de poésie et d’éveil à soi, de ces musiques qui touchent le cœur et l’os. « La musique, c’est toucher, parce qu’il faut bien toucher les choses pour pouvoir toucher aux choses. D’ailleurs sur scène, je touche mon propre corps, mais aussi le plancher de la scène, les murs, car la musique doit toucher et en disant cela, je pense comme le troubadour. Le troubadour se situe complètement ailleurs que dans ce contexte figé du folklore : c’est un passeur qui emmène avec lui un peu de la réalité mais brise les codes. C’est un poète » (Keiji Haino dans R&C).
Michel HENRITZI
