HISATO HIGUCHI
SOME WORLDS, ONE STORY
BANDCAMP, DL – 2025
Hisato Higuchi est né à Nagoya, s’est installé après ses études à Tokyo, ce que ne reflète pas sa musique, qui à la frénésie de la mégalopole répond par la douceur et l’introspection. Après plusieurs albums parus sur Family Vineyard, il produit désormais ses albums sur son propre label (Ghost Readymade), chacun comme une carte postale envoyée depuis un temps qui s’efface. Il y a une similitude avec la musique de Loren Connors – mêmes arpèges ralentis à l’extrême, comme asthmatiques, figés dans un brouillard –, mais pour autant Higuchi n’est pas un copiste. Sa musique parle de son propre blues, musique jouée dans l’ombre de sa chambre, depuis laquelle il regarde la ville de sa fenêtre. On entend dans un arrière-plan un métronome qui accroche ses improvisations dans un temps qui s’écoule sans lui, pris dans ses arpèges cycliques, ses solos rêveurs. Chacun des titres assemblés ici est une élégie à la mélancolie, un corps flottant dans un gaz éthéré. Ses doigts s’accrochent aux cordes pour ne pas sombrer, puis laissent le silence les recouvrir. Il gémit plus qu’il ne chante, comme ces vieux bluesmen ivres de tristesse et d’alcool, ou ces âmes solitaires qui chantonnent sous la douche évoquant l’absence de l’être aimé. Quelques notes qui déclarent l’espace et font l’histoire.
Michel HENRITZI
