JARDIN NAUFRAGO

JAVIER HERNANDO

LA OLLA EXPRESSLOECDO31 – 2020
CD


Synthétiseur et effets : voilà pour l’instrumentation. Ou le synthé dans tous ses états, avec ses pulsions, ses variations, et aussi ses limites inhérentes : timbres trop reconnaissables, séquençage abusif. Suit un voyage dans différents paysages synthétiques, presque une histoire de l’utilisation du synthé au travers du temps. Certains morceaux peuvent un peu rappeler l’école allemande des années 70, comme « Exorama » avec sa trame à base de sinus sur un roulement/battement de basse de VCO, avec ses sons un peu métalliques, où naît à mi-parcours une mélodie, tournante, un peu nostalgique ; ou bien « Port Radium », avec son jeu de basse sur la stéréo, accompagné de frisottis électroniques très seventies, ses modulations, ses variations de hauteurs et de vitesse et la pulsion des synthés, claquants et résonants. On passe à des rémanences de musique répétitive « à l’américaine » avec « Entre Veredas » et sa petite mélodie synthétique rapide voire enjouée, répétitive, qui se densifie progressivement, gonfle, séquenceurs en goguette. D’autres morceaux peuvent faire penser à des musiques de scène ou de film des années 1980, comme « Novilunar », où un petit thème minimal, harmonique, sur un tempo dynamique, se stratifie progressivement en une mélodie tournoyante, légèrement mélancolique, au son très clair, avec variations de hauteur et léger effet de phase, créant ainsi des lignes très chorégraphiques ; ou « Verdemar », avec sa petite phrase légère à la Sakamoto et son effet de flanger en fond. La musique peut aussi aller se promener du côté de l’ambient voilée – comme c’est le cas pour « Vista Rasante » : des éclats en rebonds sur une ligne sourde avec un arrière-fond noyé, parsemé de perles de crépitement de saturation, d’où percent des sons de cordes pour former un paysage humide – ou aller vers une ambiance plus sombre, comme sur « Noctiluca », à l’atmosphère sourde, avec sons roulants, pluie, sons de halls résonants et petits roucoulements métalliques, ou bien sur « Octo Tornasolado », avec sa pluie et ses oiseaux synthétiques, d’où émane une fréquence qui s’élève comme une brume et se module, peuplée de petits évènements sonores, avant que n’entre en piste un séquenceur, en lâcher de notes façon dripping. L’ensemble dévoile de multiples paysages, comme autant de bulles temporelles ou comme un journal traduisant les humeurs du moment, avec ses espaces sonores faits de textures et de couleurs variées, de strates imbriquées, de lignes superposées, agrémentées de battements et de crépitements, en une réalisation précise… Mentionnons au passage le très beau travail photographique de la pochette réalisé par Angel Lalinde, tels des sténopés contemporains, avec leurs branches figées, comme gelées, nervures enserrées dans une goutte, dans des taches/empreintes de gris fondus, avec des fenêtres d’immeubles en arrière-plan, où parfois transparaît un visage.


EMMANUEL CARQUILLE

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