TAKASHI MASUBUCHI & NOËL AKCHOTÉ

OP. 8 (GUITAR DUET)

BANDCAMP, DL – 2023

Noël Akchoté invite dans son salon virtuel le guitariste Takashi Masubuchi pour un duo où le jazz revêt d’autres formes, inattendues et neuves. Il y a ces grilles d’accords qu’on croit reconnaître, ses doigtés rémanents, qui se fondent l’un dans l’autre et se transforment dans un jeu infini. D’anciens échos qui flottent dans nos mémoires. Cette histoire n’est pas morte, elle s’est juste débarrassée de ses vieux oripeaux, s’invente encore… Difficile de suivre les sorties d’Akchoté, d’en faire l’inventaire, on doit se laisser dériver dans sa discographie, s’arrêter parfois dans le hasard d’un nom inscrit sur un album, celui d’un compositeur dont il reprend la partition, l’interprète dans une lecture à vue, ses yeux découvrant les notes sur les portées en même temps que ses doigts. Entre ses nombreuses re-visitations eschatologiques, parce qu’Akchoté déterre ces compositeurs oubliés des mausolées culturels pour les rendre au vivant, se glissent quelques duos improvisés (ou non) avec d’autres guitaristes : Mary Halvorson, Giannis Arapis, Tetuzi Akiyama, d’autres. Pour cet Opus 8 : Takashi Masubuchi. Lui vit à Tokyo, il y joue régulièrement à Ftarri, le lieu que gère le producteur Yoshiyuki Suzuki et où se produit depuis de nombreuses années la petite scène d’improvisation qui fut liée à Onkyo : Ami Yoshida, Taku Unami, Sachiko M. Cet Opus 8, s’est construit par échanges de fichiers entre Saint-Gildas-de-Rhuys et Tokyo, Akchoté jouant d’une Gibson ES-175, Masubuchi sur une Martin Authentic D-28s, électrique et acoustique se mêlant. On est d’abord frappé par la richesse des timbres, de quelle façon les sons s’accordent et recomposent l’espace qui nous entoure. Aucun des deux guitaristes ne mène l’autre, ils sont dans un accueil de l’autre, hôtes, l’accompagnent et transforment ses phrases en une histoire écrite à quatre mains. Tout au long de l’album s’étale la lenteur du jeu, l’écoulement lent des notes, l’espace troué, chaque note importe, se donne dans sa solitude et son appel. On y entendrait presque le fantôme de Jim Hall, qui serait là comme sous sédatif, ses accords soyeux et fluides se déroulant, glissant le long du manche, les harmoniques chantant. Noël et Takashi sont là comme un positif et un négatif assemblés, ils se superposent et s’accordent comme un écho, chaque son résonne dans la caisse instrumentale de l’autre, nous emmène dans son errance. Le jazz n’est peut-être pas mort.

Michel HENRITZI

Vous aimerez aussi...