isabelle duthoit / franz hautzinger
lily
relative pitch recordsrpr1060
distribution : metamkine
cd
Pour paraphraser Paul Klee, le travail d’un•e artiste serait de révéler la nature bien plus que de l’illustrer et rien ne nous empêche de décliner le mot nature au pluriel et à l’interrogatif : y a-t-il une nature du son et surtout une nature de l’écoute qui, sans pouvoir s’affranchir du détour voire de la volonté culturelle, nous inviterait à faire l’expérience sensible des phénomènes acoustiques dans leur plus étrange diversité ?
Cet enregistrement convie à une des multiples possibilités de cette expérience et à celle de suivre un jeu qui d’instant en instant confronte les deux artistes à la réalité haptique des matières sonores qui semblent sourdre plutôt que d’être déployées. C’est qu’au delà de l’aspect austère qu’une écoute superficielle pourrait laisser présager (le matériau n’est constitué pour ainsi dire que de souffles, de grincements et de cris, le tout porté par peu de vélocité), on peut s’apercevoir d’une réalité extraordinairement ludique, d’une joie première de ressentir les retours de force de chaque sonorité émise et comme extraite d’un sol fécond mais primitif.
A cette nature répond un dispositif des plus artificiels : une musique par et pour le microphone, qui oscille entre la performance et une musique concrète de l’instant. Isabelle Duthoit sur l’enceinte gauche et Franz Hautzinger sur l’enceinte droite évitent le piège d’un dialogue au centre et semblent plutôt s’adonner à une correspondance épistolaire instantanée où se mêlent complicité sonore et co-existence discursive.
baku
volker böhm
endless undo
clang recordsclang052
distribution : autodistribution
cd
J’ai été attiré par l’écoute de ce CD de Volker Böhm par les notes de pochette indiquant une fascination pour l’Etude Elastique de Bernard Parmegiani, faisant partie, comme chacun•e sait, de De Natura Sonorum.
J’avoue une émotion intacte quatre décennies plus tard pour cette œuvre et elle reste un modèle inépuisable concernant le mouvement et la vélocité des matières sonores.
Volker Böhm s’adonne ici à un faisceau de matières qui se déplacent vite et qui rebondissent, développement actualisé de la source d’inspiration initiale, citant même au passage quelques sonorités du maître. Mais cette actualisation semble mener à une regrettable simplification, une réduction tant sur le plan des matières que sur celui des plans sonores. Malgré la formidable maîtrise des moyens de synthèse inexistants il y a quarante ans, tout est donné à entendre au premier plan, l’oreille n’étant jamais conviée à aller fouiller loin et ce n’est pas l’artifice convenu de la réverbération qui remplacera l’expérience de la profondeur chère à Bernard Parmegiani.
Malgré une courte citation du Tremblement de terre très doux de François Bayle, aucun des cinq morceaux qui composent ce CD ne propose la diversité sensible de ces aînés. Tel n’est sans doute pas le propos et bien que loin d’être désagréable à l’écoute et malgré les figures obligées du beat techno, on peut se laisser prendre par ce disque au moins pour la largeur de son spectre !
baku